Affichage des articles dont le libellé est QUÉMÉNER P. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est QUÉMÉNER P. Afficher tous les articles

Pierre QUÉMÉNER

ÉTAT CIVIL

Nom  : QUÉMÉNER, dit QUÉMÉNEUR.
Prénom  : Pierre Marie.
Naissance  : 19 août 1877 à Commana (Finistère),
 fils d’Yves Mathieu QUÉMÉNER, 39 ans, cultivateur,
 et de Catherine Aline STÉPHAN, 29 ans.
Domicile  : villa Ker-Abri à Landerneau (1923).
Profession  : négociant en bois (1923).
Disparu le 25 mai 1923 près de Houdan (Seine-et-Oise), à 45 ans.

Pierre Quéméner
Portrait donné aux journaux fin juin 1923.

DANS L’AFFAIRE

 Disparu.

CARRIÈRE

Conseiller municipal de Saint-Sauveur (Finistère) le 10 mai 1908.
Réélu conseiller municipal de Saint-Sauveur le 12 mai 1912.
Maire de Saint-Sauveur par délégation d’août 1914 à mars 1915.
Réélu conseiller municipal de Saint-Sauveur le 10 décembre 1919.
Conseiller général du canton de Sizun (Finistère) le 21 décembre 1919.

RÉFÉRENCES

Acte de naissance n°  53, année 1877, Commana (Finistère).
Recensement de 1921, Landerneau (Finistère), folio 72 verso.
Bernez Rouz, L’Affaire Quéméneur-Seznec, Rennes, Apogée, 2006.
Thierry Lefebvre, fiche généalogique de Pierre Quéméner.

Pierre Quéméner
Dans L’Ouest-Éclair du 19 octobre 1924.

 Concernant les deux photographies de Pierre Quéméner sur cette page, voir mon billet intitulé Les portraits de Pierre Quéméner. Un passage d’un article paru dans L’Ouest-Éclair du 2 novembre 1924, rapportant l’audience de la veille au procès de Guillaume Seznec, semble les concerner  :

 Mme Lefebvre est citée par la défense. Elle crut avoir servi au Havre, dans un restaurant où elle était employée, M. Quemeneur lui-même. On lui présenta en effet une première photographie où le disparu ne portait pas de lorgnons et elle trouva des analogies entre cette photographie et son client, mais quand on lui montra une photographie plus récente sur laquelle M. Quemeneur avait le lorgnon qu'il portait toujours, elle dit formellement  : «  Ce n'est pas lui.  »
 Elle confirme ce témoignage à la barre.

Mercredi 1er juin 1932

19 octobre 1925
PRESSE  : L’Ouest-Éclair

À PROPOS DE L’AFFAIRE SEZNEC

L’Ouest-Éclair, 1er juin 1932, page 5.

Un communiqué du Procureur général de Rennes

M. Sauty, procureur général de Rennes, nous a communiqué la note suivante  :
 Dans un livre récent1, où l’affaire Seznec est présentée sous forme de roman, de violentes attaques sont dirigées contre plusieurs magistrats qui ont eu à s’occuper de cette affaire sensationnelle, en particulier contre M. Guillot, procureur de la République à Rennes, qui, en qualité d’avocat général, a requis contre Seznec à la session des Assises du Finistère d’octobre 1924.
 Le Procureur général de Rennes considère comme un devoir de faire connaitre au public qu’ont pu émouvoir ces attaques, que celles-ci sont absolument injustifiées. M. Guillot est accusé de n’avoir pas communiqué au jury le procès-verbal de gendarmerie constatant que des coups de feu avaient été entendus une nuit de la fin de mai 1923 par des mariniers qui tiraient du sable à proximité de la propriété de Traounez en Plourivo, appartenant au sieur Quemeneur. Ce document, d’après l’auteur du livre susvisé, a été «  gardé  » par l’avocat général, qui n’en fit point part au jury parce qu’il «  apportait sinon des preuves de l’innocence de Seznec, du moins de terribles éléments de doute  », qui auraient provoqué une demande de supplément d’enquête.
 Ces affirmations sont absolument contraires à la vérité  : le procès-verbal dont [il] s’agit, dressé par les gendarmes de Pontrieux les 29 et 30 octobre 1924, a été adressé immédiatement au Parquet de Guingamp, mais celui-ci ne l’a transmis ni à Rennes, ni à Quimper  ; il l’a dès le 31 octobre 1924 classé sans suite, parce qu’il ne pouvait avoir aucun rapport avec la disparition du sieur Quemeneur, les coups de feu entendus ayant, aux dires des témoins, été tirés le 25 mai 1923 entre minuit et deux heures du matin, c’est-à-dire vingt heures AVANT la disparition du sieur Quemeneur, qui fut vu pour la dernière fois en compagnie de Seznec à Houdan (Seine-et-Oise), le 25 mai 1923 entre 21 heures et 22 heures. L’enquête complémentaire prescrite à ce sujet en novembre 1931 a d’ailleurs donné les mêmes résultats, contrôlés au surplus par la référence au tableau des marées et aux livres de contrôle du chef du port de Pontrieux.
 Ainsi est matériellement démontrée la fausseté absolue de l’accusation de «  forfaiture  » portée sans aucun motif contre un magistrat qui jouit à Rennes de l’estime générale pour sa haute conscience et sa scrupuleuse honnêteté.

Le Procureur général, SAUTY. 

___
1. Seznec est innocent  ! de Maurice Privat (Neuilly-Paris, Les Documents secrets, 1931).

Samedi 8 décembre 1923

7 décembre 1923 | 23 octobre 1924
PRESSE  : L’Ouest-Éclair

L’AFFAIRE SEZNEC

L’Ouest-Éclair, 8 décembre 1923, page 5.

Mme Seznec demande à être confrontée avec quelques témoins

 MORLAIX, 7 décembre. — (De notre correspondant particulier). — Mme Seznec vient de manifester le désir de prendre une part plus active à l’instruction.
«  Je désirerais, dit-elle, être confrontée non seulement avec Mlle Quémeneur, mais avec M. Pouliquen et M. Quémeneur, de Plourivo. Tous deux ont fait, à l’instruction, des déclarations erronées. M. Pouliquen, notaire à Pont-l’Abbé, est venu avec M. Quémeneur, frère, habitant Plourivo1. Ils arrivèrent avec une auto de louage à 6  h.  30. Seznec n’était pas encore levé. C’est Angèle qui ouvrit. Je suis descendue, j’ai fait le café, que j’ai servi en attendant que mon mari soit descendu. On a parlé, comme de juste, de Quémeneur et de l’affaire des autos. J’ai rappelé que Quémeneur avait dit à M. Seznec qu’il n’avait pas beaucoup d’argent liquide à avancer, mais qu’il avait bien sa Cadillac valant 30.000 fr.
 «  Tu auras, ajouta-t-il, quand même la même part que nous dans les bénéfices d’autos, mais, ajouta-t-il, tu te débrouilleras avec le fisc, puisque tu es patenté et que je ne le suis pas  ». Seznec étant descendu, la conversation continua.
 «  A un moment donné Seznec dit à M. Pouliquen et à M. Quémeneur  : «  Est-ce que vous n’avez pas trouvé dans les papiers de votre frère un papier me concernant  ?  » Ils répondirent négativement. «  C’est singulier, car j’ai emprunté 15.000 fr. à M. Quémeneur et vous auriez dû en trouver trace. — Mais ça ne fait rien, je reconnais devoir 15.000 fr. à M. Quéméneur.  »
 M. Pouliquen
, continue Mme Seznec, a déclaré au juge d’instruction qu’il avait été mis au courant du prêt de 15.000 fr. à Seznec. Il ne le savait pas avant d’être venu chez moi. MM. Pouliquen et Quémeneur sont repartis en auto pour Landerneau. Une fois arrivés ils ont téléphoné à Seznec pour lui demander de partir avec eux à Rennes demander des renseignements. Seznec a accepté immédiatement et a pris le premier train de l’après-midi pour se rendre à la police mobile. Est-ce là l’attitude d’un homme qui se cache  ? Seznec est revenu le lendemain. Les Pouliquen-Quémeneur sont-ils allés à Paris comme ils l’avaient annoncé, je ne le sais.  »
 Mme Seznec nous rapporte ensuite une déclaration que lui fit Quémeneur, le conseiller général disparu, d’après laquelle il aurait prêté une certaine somme dont elle se réserve de déclarer le montant à M. le Juge d’instruction.

___
1. Cette visite eut lieu de 10 juin 1923.

Vendredi 7 décembre 1923

5 décembre 1923 | 8 décembre 1923
PRESSE  : L’Ouest-Éclair

L’AFFAIRE SEZNEC

L’Ouest-Éclair, 7 décembre 1923, page 6.

Où il est question d’un extrait de naissance et d’un mouchoir

 MORLAIX, 6 décembre. (De notre correspondant particulier.) — Un journal parisien1 a cru devoir rappeler qu’un extrait d’acte de naissance avait été trouvé en possession de M. Quéméneur, et qu’un mouchoir appartenant au conseiller général avait été remarqué chez Mme Seznec.
 Ce sont des faits connus de M. Campion, juge d’instruction, qui2 ne croit pas devoir y attacher une importance marquante. Il y avait bien, nous dit-il, un acte de naissance en date du 28 janvier dans la valise trouvée au Havre. Il avait été délivré à Morlaix même. Une enquête a tenté de faire préciser dans quelles conditions la pièce en question avait été remise à la persone intéressée  ; elle n’a donné aucun résultat.
 Quant au mouchoir, il n’a non plus rien de shakespearien, et sur ce point, notre confrère parisien semble avoir subi une influence tendancieuse. Mme Seznec ne fait aucune difficulté pour expliquer la présence de cet accessoire dans son armoire. Quéméneur, nous dit-elle, avait couché chez nous deux jours  ; c’était peu avant son départ. Il se trouva avoir besoin d’un mouchoir, le sien était sale, et il le laissa. Je lui ai fourni, faute d’un grand, deux mouchoirs fins, que je n’ai jamais revus. Quant au mouchoir de Quéméneur, je l’ai lavé et mis sur ma commode. Je l’ai d’ailleurs dit à Mlle Quéméneur.
 Que le mouchoir ait été placé sur la cheminée ou sur tel autre meuble, il importe peu. Deux sœurs de Mlle Quéméneur, qui habitent Guiclan, prétendent avoir vu le fameux mouchoir sur le buffet de la salle à manger. En tout cas, il est évident que nul ne songeait à le cacher3.

___
1. L’Œuvre du 5 décembre 1923.
2. Source  : «  et qui  » (faute de syntaxe).
3. Cet article et sa suite, publiée le lendemain dans le même journal, ont été repris, légèrement modifiés, dans Le Petit Breton du 16 décembre 1923, mais il convient d’ignorer les copies, qui ne reflètent pas une enquête journalistique.

Mercredi 5 décembre 1923

4 septembre 1923 | 7 décembre 1923
PRESSE  : L’Œuvre

L’AFFAIRE SEZNEC

L’Œuvre, 5 décembre 1923, page 1.

D’où vient cet acte de naissance  ?

Morlaix, 4 décembre (de notre correspondant particulier). — L’instruction de l’affaire Quemeneur somnole. M. le juge Campion entend bien des témoins, son greffier rédige bien des procès verbaux. Mais il faut avouer que depuis le mois d’août on n’a pas fait un pas.
 Pourtant deux points intéressants ont été relevés. Mais il ne semble pas que le juge leur ait accordé l’intérêt qu’ils paraissent mériter.
 On se rappelle que, dans la valise de M. Quemeneur, découverte dans une salle d’attente de la gare du Havre, on trouva un carnet, l’acte de vente de sa propriété et un extrait d’acte de naissance. Celui-ci portait la date du 28 janvier et le timbre du greffe du tribunal civil de Morlaix.
 On s’est inquiété de vérifier si c’était M. Quemeneur lui-même qui était venu retirer son acte. Il est facile de s’en rendre compte, grâce au registre du greffe. Or nous croyons savoir qu’à la date du 28 janvier pas plus qu’à un autre jour du mois on ne trouve trace de la remise de l’acte de naissance.
 On comprendra facilement l’intérêt qu’il y aurait à établir de façon certaine qui vint prendre possession de l’acte ou si on se trouve en présence d’un faux. Il semble qu’une enquête sérieuse faite auprès du personnel du greffe permettrait de l’apprendre rapidement.
 Ne peut-on pas supposer, en effet, que c’est Seznec lui-même qui s’appropria avant le crime l’acte de naissance de sa future victime  ? Et ne l’avait-il pas sur lui, afin d’aplanir toutes les difficultés, le jour où il se présenta au bureau de poste du boulevard Malesherbes, pour essayer de toucher l’argent que s’était fait envoyer M. Quemeneur  ?

D’où venait le mouchoir  ?

 D’autre part, une déclaration de Mlle Quemeneur vient de révéler un fait d’une grande importance.
 Le 4 juin, avant la découverte de l’assassinat, celle-ci, justement inquiète d’être depuis plusieurs jours sans nouvelles de son frère, vint chez Seznec lui demander s’il n’avait rien appris de nouveau sur le sort du conseiller général.
 Ce fut Mme Seznec qui la reçut. Elle répondit que son mari, qui avait quitté M. Quemeneur à Houdan, était, lui aussi, sans nouvelles de son ami.
 À ce moment Mlle Quemeneur aperçut sur la cheminée un mouchoir qu’elle reconnut pour être un de ceux de son frère. Elle s’en étonna.
 — M. Quemeneur l’a oublié ici la dernière fois qu’il est venu, lui répondit Mme Seznec.
 M. le juge Campion a-t-il pensé à demander au marchand de bois s’il n’avait pas pris ce mouchoir dans la poche même de sa victime  ? (Œuvre.)

Mercredi 11 juillet 1923

6 juillet 1923 | 1er septembre 1923
PRESSE : Le Petit Parisien

Le Petit Parisien, 11 juillet 1923, page 1.

SEZNEC VA ÊTRE TRANSFÉRÉ À MORLAIX

Des témoignages contradictoires laissent, à nouveau,
supposer qu'il eut, peut-être, des complices

 Morlaix, 10 juillet (de notre envoyé spécial.)
 L'ordre de transfert de Seznec a été envoyé ce soir à Paris. L'inculpé arrivera à Morlaix dans deux ou trois jours et sera immédiatement mis au secret.
 On prévoit que l'enquête en Bretagne sera longue, difficile ; on dit même qu'elle pourrait aboutir à de sensationnelles surprises. Mais que ne dit-on pas ?
 Il faut bien convenir que de nouveaux faits viennent à chaque heure embrouiller la situation. On en pourra juger par les déclarations que j'ai recueillies aujourd'hui.
 Deux sont à la charge de Seznec.
 Le 30 mai dernier, M. Batrude, marchand de machines à écrire à Brest, s'arrête chez le négociant morlaisien ; il est accompagné d'un peintre. Seznec lui demande s'il serait possible de changer le clavier américain d'une machine contre un clavier français. M. Batrude répond que l'opération serait coûteuse et difficile.
 Cette question, pense la justice, n'est pas naturelle.
 Quelques jours auparavant, le 15 mai, Seznec avait changé à l'agence du Crédit Lyonnais de Morlaix trois pièces d'or américaines, l'une de quatre dollars, les autres de deux dollars et employé la somme qu'il avait reçue à acheter pour sa fillette une toilette de première communion.
 Début de mise en scène, pense M. Vidal, dont la conviction est que l'inculpé a tenté, ainsi de faire croire à l'existence des quatre mille dollars or dont il devait parler au cours de ses premiers interrogatoires.
 D'un autre côté, j'ai vu cinq hommes d'affaires très honorables qui étaient en relations avec M. Quémeneur et avec Seznec. Deux d'entre eux étaient même les conseils de l'assassin présumé et de sa victime, Ils croient que l'éc[r]iture du télégramme adressé à Mlle Quémeneur et les signatures des deux actes de la vente de Plourivo sont de la main de M. Quémeneur.
 La famille du conseiller général, on le sait, affirme le contraire. Seznec écrit, assure-t-on, lourdement, sans aucun délié. Et si le télégramme, si les signatures de l'acte ne sont point de lui, on est amené à admettre l'existence d'un complice dont le rôle reste à déterminer.
 Un autre témoignage paraît favorable à Seznec. Celui de M. Salaün, fondé de pouvoir de la Banque Bretonne à Brest.
 — Lorsque M. Quémeneur, m'a dit celui-ci, est venu me voir pour me demander une ouverture de crédit de cent mille francs, sous prétexte de vente d'automobiles au gouvernement des soviets, je lui ai amicalement représenté que l'affaire ne paraissait pas tenir debout, et qu'il eut à se méfier d'une escroquerie. Il se défendit, m'expliquant qu'elle était très sérieuse et qu'il avait déjà rencontré à Paris un agent chargé de conclure les marchés, qui était l'homme le plus sérieux du monde.
 Je n'insistai pas. Mais il me semble évident que s'il se fût agi d'une combinaison ourdie par Seznec, M. Quémeneur eût, au moins, prononcé le nom de celui-ci.
 Menus incidents que tout cela, Mais ils ne sont pas à négliger, étant acquis que les ténèbres dont s'entoure la disparition de M. Quémeneur ne se di[ss]ipent pas, bien au contraire.

Mardi 3 juillet 1923

2 juillet 1923 | 6 juillet 1923
PRESSE  : Le Journal - Le Matin - Le Petit Parisien

LES CHIENS DE POLICE À LA RECHERCHE
DU CADAVRE DE M. QUÉMENEUR

Le Journal, 3 juillet 1923, page 1.

Un document capital  : la dépêche du Havre

Fac-similé du télégramme envoyé du Havre le 13 juin à la sœur de M. Quémeneur, alors que, d’après les conclusions de l’instruction, celui-ci était déjà mort. Qui l’a rédigé  ? Évidemment celui qui est allé au Havre «  perdre  » la valise de M. Quémeneur. S’il est démontré qu’il est de la main de Seznec, celui-ci ne pourra plus nier le crime. En bas, trois photographies de Seznec, prises hier1.

[DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL]

 DREUX, 2 juillet. — L’automobile de la Sûreté générale continue de sillonner la région de Dreux à la Queue-les-Yvelines. Dans la seule journée d’hier on a noté cinq fois son passage à Houdan. Cette randonnée incessante et qui menace de se prolonger quelques jours encore, a pour but principal de retrouver le cadavre de M. Quémeneur. Elle n’a permis, jusqu’ici, que la découverte du cadavre d’un veau  !

La dépouille d’un veau  !

 Le plus sérieusement du monde, la chose est arrivée aux abords du village de Chérisy. Un cultivateur de l’endroit, M. Henri Patriarche, avait, rassemblant ses souvenirs, déclaré que sur la fin du mois dernier2 une odeur macabre et tenace frappa ceux qui passèrent, à trois kilomètres de Dreux, près de la côte de Lary. Cette déclaration, jointe à celles d’un laitier de Dreux et du gendarme Aggrabal3, motiva aujourd’hui une orientation nouvelle des recherches. C’est à 2  h.  30, de l’après-midi, en présence de MM. Romillat, procureur de la République, Girod, juge d’instruction, et Vidal, arrivé de Paris le matin même, que des fouilles furent organisées aux lieux indiqués. Inspecteurs et gendarmes s’élancèrent dans les taillis et les fourrés qui bordent la route. Les chiens de police, à leurs côtés, humaient le sol. M. Patriarche renouvelait ses déclarations aux magistrats. «  C’est ben là, qu’je vous dis.  » L’attente fut courte. Après quelques minutes, les policiers revenaient et annonçaient gaiement la nature de leur trouvaille  : la pauvre dépouille d’un veau, dont il ne restait d’ailleurs que quelques ossements et le cuir desséché.
 D’autres recherches, conduites autour des étangs de Gambais, car le drame actuel emprunte le cadre tristement célèbre où Landru se révéla, n’ont pas donné davantage de résultats.
 Mais si l’enquête judiciaire n’apporte aucune nouveauté quant au malheureux destin de M. Quémeneur, elle a, aujourd’hui encore, fourni à l’accusation un surcroît de preuves de la culpabilité, désormais admise, de Seznec.

Des témoignages

 Une audition du garagiste Hodey, de Dreux, où s’arrêta Seznec en venant de Morlaix et en y retournant, a précisé certains détails dans l’esprit de M. Vidal.
 «  Quand Seznec m’a donné la première fois sa voiture à réparer, dit M. Hodey, il paraissait très soucieux d’arriver rapidement à Paris. «  Croyez-vous que nous y arriverons  ?  » me demanda-t-il. Moi, je lui réponds  : «  Je le crois tellement que je vais, si vous le voulez bien, amener moi-même votre voiture à Paris. Vous n’avez qu’à prendre le train, et demain votre auto vous rejoindra.  » Mais aussitôt il changea d’attitude et il ne fut plus question de douter des qualités de l’auto.  »
 M. Hodey a également remarqué que le lendemain, lorsque Seznec revint seul, le dessous de sa voiture était maculé de goudron. Il sautait aux yeux que Seznec avait parcouru à toute allure une route fraîchement goudronnée. Ce détail important va sans doute permettre — une fois connue la route ainsi goudronnée le 25 mai — de localiser les recherches.
 Enfin, le garagiste de la Queue-les-Yvelines, M. Coulon4, interrogé de nouveau, a indiqué que Seznec, en s’arrêtant chez lui le 26 au matin, lui avait emprunté un cric. Or, M. Hodey affirme, lui qui a inspecté l’auto de Seznec dans tous les sens, que la veille celui-ci possédait un cric. Et aussitôt la question se pose  : est-ce de ce cric que Seznec s’est servi pour se débarrasser de son compagnon  ?
 Mais on n’en est plus à compter les contradictions de cet homme. Appelé à Paris par M. Vidal, Seznec, on s’en souvient, s’était arrêté dans un café voisin de la gare Montparnasse. Il portait une mallette à la main, qu’il confia au tenancier du café. Quand M. Vidal lui demanda s’il n’avait rien apporté de Brest5, paquet ou bagage, il répondit négativement. Qu’avait-il à cacher dans cette mallette  ? On croit le savoir depuis hier  : on a, en effet, retrouvé parmi du linge trois feuillets détachés d’un carnet. Des indications, qui coïncident curieusement avec celles que l’on releva sur le carnet de Quémeneur, y sont notées d’une écriture à peu près identique pour laquelle son auteur s’est servi d’un même crayon-encre. Enfin, sur une page, divisée en deux colonnes, où on lit, au-dessus de chacune d’elles  : Frais Seznec, Frais Quémeneur, on a relevé, colonne Quémeneur, ces mots  : Pris le train à Dreux. On demande à Seznec  : Qui écrivit cela  ? Je l’ignore, répond-il.
 Voilà déjà bien des faits qui le condamnent. Hier, cependant, M. Vidal s’est rendu, de toute la rapidité de son auto, au village de Grignon, où il est arrivé assez tard. Il y a reçu la déclaration de la tenancière de l’hôtel Laurisson6 qui, dans la nuit du 25 au 26, avait suppléé sa tante, gérante de l’hôtel de la Queue-les-Yvelines, où Seznec s’est arrêté.
 Cette déclaration, dont l’importance est capitale, va être incessamment contrôlée. Elle comporterait, un élément décisif de l’affaire qui nous occupe. — A.  L.

___
1. La veille de la rédaction de l’article, c’est-à-dire le 1er juillet.
2. Le mois de mai. Si cette odeur avait été remarquée quelques jours plus tôt, fin juin, le cadavre d’un veau en état de décomposition avancée n’en aurait pas été considéré comme la source probable et M. Patriarche n’aurait pas eu besoin de «  rassembl[er] ses souvenirs  » pour la situer dans le temps. De plus, Le Matin du même jour situe les faits environ une semaine après le 25 mai et Le Petit Parisien les place au début du mois de juin.
3. François Abgrall.
4. Édouard Coulomb.
5. En réalité de Morlaix, par le train de Brest.
6. Nourisson.

LA DISPARITION DE M. QUEMENEUR

Le Matin, 3 juillet 1923, pages 1 et 3.

Des battues sans résultat entre Houdan et Dreux

Les chiens de police n’ont trouvé qu’un cadavre de veau

L’ENQUÊTE A CHERISY
 1. Le témoin PATRIARCHE. — 2. M.  ROMMILLAT, procureur de la République. — 3. M.  VIDAL, commissaire à la Sûreté générale.

 DREUX, 2 juillet. — Par téléphone — Secondés par les gendarmes, les gardes champêtres et des particuliers, ayant même fait appel, pour la circonstance, au concours de quelques gars débrouillards peut-être un peu braconniers, les inspecteurs de la Sûreté générale ont continué à fouiller le bois des Quatre-Piliers, dont les taillis s’étendent en bordure de la route de Brest à Paris entre Houdan et la Queue-les-Yvelines.
 Vers midi, alors qu’il déjeunait dans un hôtel de Houdan, le commissaire Vidal reçut un renseignement qui lui parut lors d’un intérêt capital.
 Ce renseignement émanait du parquet de Dreux. M. Rommillat, procureur de la République, et M. Girod, juge d’instruction, avaient été avisés, dimanche, que divers habitants de Cherisy, petit bourg distant de Dreux de 4 kilomètres, avaient constaté, une huitaine de jours après la date où se place la disparition de M. Quemeneur, qu’une odeur de cadavre en décomposition s’était dégagée durant un certain temps d’un taillis qui, à 1.500 mètres de Cherisy et à 3 kilomètres de Dreux, sépare la voie ferrée de la route nationale.
 Le fait avait été confirmé par le gendarme Abgrall, originaire de Landerneau comme M. Quemeneur, qu’il connaît d’ailleurs particulièrement. Enfin, un autre habitant de Cherisy avait signalé, ce qui ajoutait encore à l’intérêt de l’affaire, que quelques jours avant que fût constatée cette odeur suspecte, il avait aperçu, sur la route de Brest-Paris, non loin du taillis, des flaques de sang s’étendant sur cinquante mètres environ  ; fait plus étrange encore, le même témoin étant, le 3 juin, occupé dans un champ, avait vu une automobile à carrosserie noire, torpédo identique à celle de Seznec, stopper aux abords du fourré. Un homme, grand, mince, sec, répondant au signalement de Seznec, en était descendu et avait pénétré dans le taillis où il était demeuré un bon moment  ; remonté en voiture, il était parti vers Cherisy d’abord, puis, faisant demi-tour au village, il s’était définitivement éloigné vers Dreux.
 M. Vidal et quelques-uns de ses inspecteurs quittaient aussitôt Houdan en automobile. À une allure de record, ils gagnèrent Cherisy. Le village fut dépassé, les autos s’arrêtèrent à la côte du Lary, entre Conteville et Cherisy. Un groupe d’hommes nombreux attendait les policiers sur la route. C’étaient MM. Rommillat, procureur de la République  ; Girod, juge d’instruction  ; le commissaire Beaumelou, de Dreux, les gendarmes et quelques sergents de ville de cette localité, avec de nombreux chiens policiers, et, enfin, les témoins amenés de Cherisy. Sur place ces derniers précisèrent le point d’où leur avaient paru se dégager les odeurs. L’endroit était sinistre à souhait  : un ravin profond recouvert de broussailles et d’une impénétrable végétation bordant la voie ferrée. On décida de battre immédiatement le coin.
 Les chiens, démuselés, excités par leurs conducteurs, eurent tôt fait de courir vers une masse informe cachée sous les broussailles et que recouvraient de vieux morceaux de sacs. C’était bien un cadavre mais non celui qu’on recherchait. On se trouvait tout simplement en présence de la dépouille d’un veau que son propriétaire, quelque paysan des environs, était venu déposer là pour s’éviter les fatigues d’un pénible ensevelissement.

UN AUTRE MENSONGE DE SEZNEC

Son auto n’était pas en mauvais état

 Profitant de ce qu’il se trouvait à proximité de Dreux, le commissaire Vidal décida d’entendre à nouveau le mécanicien Oudé1, qui, à deux reprises, le 25 mai, à son passage, et, le lendemain, à son retour vers Brest, répara l’auto de Seznec.
 En quel état était la voiture et que pouvait-on attendre d’elle  ? Telle était la question que le commissaire comptait poser à M. Oudé.
 La réponse fut celle qu’attendait M. Vidal  :
 — L’auto, en bon état, pouvait effectuer sans panne une longue course.
 Et M. Oudé ajouta cette précision. La réparation effectuée, il s’était rendu avec M. Seznec dans un débit de vin de Dreux, où il avait fait au marchand, de bois de Morlaix cette proposition  :
 Si vous n’avez pas confiance en votre voiture, confiez-la-moi. J’ai des pièces de rechange à aller chercher à Paris, Je conduirai votre voiture dans la capitale. Vous aurez, vous, la ressource de vous y rendre par le train. Mais Seznec préféra gagner Paris en auto.
 Pourquoi, dans ces conditions, avait-il, le lendemain matin, abandonné son projet  ? Sans doute parce qu’alors il s’était débarrassé de son compagnon de route après l’avoir dépouillé de son argent. C’est du moins le mobile que la police attribue au crime.

La valise tragique

 L’hypothèse des magistrats et des policiers est en effet que Seznec tua M. Quemeneur aux environs de Houdan. Ils ne sont pas éloignés de croire que le marchand de bois frappa sa victime à coups de cric. M. Quemeneur mort, Seznec, après s’être débarrassé du cadavre, aurait gardé dans la voiture la mallette de celui qu’il venait d’assassiner et dans laquelle, avant d’aller l’abandonner au Havre, il aurait eu soin de glisser un certain nombre de documents ayant pour but d’égarer la justice et de servir les intérêts qui l’auraient poussé à commettre son crime. C’était d’abord le fameux carnet de comptes de M. Quemeneur tenu à jouir jusqu’au 13 juin, alors que depuis le 26 mai on ne retrouvait plus aucune trace du conseiller général. Ensuite l’acte sous seing privé qui, pour une somme relativement minime, rendait Seznec propriétaire du domaine de Taounez (Côte-du-Nord).
 À ce sujet, la brigade mobile de Rennes a nettement établi hier que les deux feuilles timbrées ayant servi à la rédaction de l’acte auraient été achetées par Seznec dans un bureau de tabac de Morlaix, et, suivant le témoignage d’une personne qui va être entendue, l’achat serait postérieur à la disparition de M. Quemeneur. Cette découverte démontrerait péremptoirement le caractère nettement apocryphe non seulement de l’approbatur placé au bas de chaque exemplaire de l’acte, mais de l’acte lui-même. On comprend que pour rendre valable un pareil contrat, il était indispensable que M. Quemeneur disparaisse.
 Afin de vérifier les différents points qui constituent cette hypothèse, en fin d’après-midi, M. Vidal a entendu, à la Queue-les-Yvelines, le mécanicien Coulon2 qui aida, le 26 mai, Seznec a réparer les pneus de sa voiture et qui pour ce travail dut amener un cric de son atelier. Seznec possédait bien un de ces outils, mais pour des raisons qu’il n’a pas fait connaître — son cric était-il taché de sang ou, ainsi qu’il le prétend, l’avait-il égaré la nuit précédente sur la route  ? — il n’en fit point usage.
 Enfin, M. Vidal a entendu, au Petit-Pré, Mlle Carignon3 qui, le 26 mai, à l’hôtel Nourrisson, à la Queue-lez-Yvelines, vit sur la Cadillac de Seznec une mallette répondant au signalement de la mallette de M. Quemeneur.
 — Cette valise est à moi, a affirmé Seznec.
 La police, qui en doute, va aujourd’hui interroger à ce sujet Mme Seznec à Morlaix.

Les chiens policiers inquiètent Seznec

 Seznec, au dépôt où il a passé la nuit, semblait ce matin complètement remis de l’état d’abattement et de fatigue où l’avait plongé son arrestation. Il s’informa auprès d’un inspecteur qui était venu le visiter ce matin du résultat des recherches et demanda si les chiens policiers qu’on employait étaient de quelque utilité.
 — Je doute, dit-il, qu’ils aient assez de flair pour découvrir un cadavre enfermé sous deux mètres de terre.
 Étrange question  ! à laquelle ne crut pas devoir répondre l’inspecteur.
 Déjà une première fois il avait interrogé à ce sujet le brigadier de police de Dreux qui, ces jours derniers, au cours des investigations de M. Vidal, aux environs de Houdan, tenait en laisse un berger d’Alsace réputé fameux parmi les détectives à quatre pattes.
 Aucune décision n’a encore été prise en ce qui concerne le transfert de l’inculpé à Brest, qui est ajourné jusqu’au moment où seront terminées les recherches entreprises et seulement si elles ne donnent pas de résultat. Au cas contraire, si l’on découvrait le cadavre de M. Quemeneur ou toute preuve irréfutable du crime, Seznec serait vraisemblablement conduit au parquet du lieu compétent. Dreux ou Versailles, suivant le cas, et le parquet de Brest devrait alors se dessaisir en faveur de ce parquet.

Le bidon d’essence taché de sang

 BREST, 2 juillet. — À propos des taches remarquées sur le bidon d’essence trouvé dans la voiture automobile qui transporta M. Quemeneur, Mme Seznec déclare que depuis que son mari a eu la figure brûlée, il saigne très facilement de la face. Physiologiquement, cette sensibilité de l’épiderme aurait été reconnue exacte. (Havas.)

___
1. Émile Hodey.
2. Édouard Coulomb.
3. Hélène Conogan.

APRÈS LA DISPARITION DE M. QUÉMENEUR
SEZNEC AVAIT-IL ENCORE DANS SA VOITURE
LA VALISE DU CONSEILLER GÉNÉRAL  ?

Le Petit Parisien, 3 juillet 1923, page 3.

De nouvelles charges ont été relevées contre l’inculpé,
au cours de la journée d’hier

 Si les recherches commencées aux environs de Houdan, dont on lira plus loin le compte rendu, n’ont pas encore permis de retrouver le cadavre de M. Quémeneur, l’enquête a révélé plusieurs charges nouvelles contre son assassin présumé, Guillaume Seznec.
 Celui-ci était arrivé à Paris le 28 juin, à huit heures du matin, pour se rendre à la convocation de M. Vidal. Portant à la main une petite valise d’osier longue de quarante centimètres et large de vingt centimètres environ, il se rendit au café-restaurant de la Ville de Brest, 5, place de Rennes1. Il mangea plusieurs croissants, but un verre de vin blanc et une tasse de café sans se douter qu’à la table voisine, un inspecteur de la sûreté générale épiait ses faits et gestes. Il demanda les journaux, les parcourut hâtivement, avec une évidente curiosité. Puis, ayant réglé son addition, il déposa sa valise à la caisse, en annonçant qu’il viendrait la reprendre le soir même.
 On sait comment il en fut empêché.
 En interrogeant l’inculpé, M. Vidal lui demanda tout à coup  :
 — Vous êtes donc venu de Morlaix sans valise  ?
 — Mais oui, répondit Seznec  ; mon voyage doit être si court  !
 À sa profonde stupéfaction, on lui présenta alors sa petite mallette d’osier. Elle contenait des victuailles et divers papiers  : une lettre de Mlle X..., de Morlaix, qui lui réclamait le remboursement d’une avance de six mille francs venant à échéance à fin juin, et une feuille de papier identique à celles qui composaient le carnet de M. Quémeneur.
 Sur cette feuille, Seznec avait écrit au crayon-encre — bien qu’il eût nié auparavant avoir eu jamais pareil objet en sa possession — deux noms séparés par un trait  : le sien et celui de M. Quémeneur.
 Dans la colonne concernant le disparu figuraient ces mots  : pris le train à Dreux, sans indication de date.
 Sur le carnet de M. Quémeneur une indication semblable existe, avec un prix de billet inexact.
 Ce souci de mise en scène est évident, d’autant plus que, finalement, l’inculpé a déclaré qu’il avait quitté son compagnon de voyage à la gare de Houdan.
 D’autre part, M. Hodet2, le garagiste de Dreux, chez lequel Seznec fit réparer sa voiture le vendredi 25 mai, à huit heures du soir, peu avant la tragique disparition du conseiller général du Finistère, a déclaré que l’automobile était en état d’effectuer un long parcours.
 — Seznec, tandis que mon ouvrier travaillait à la réparation, m’emmena, dit-il, au café. Il me manifesta ses craintes de panne. Je le tranquillisai, lui indiquant qu’il pouvait, s’il le voulait, prendre le train pour Paris et que je lui amènerais sa voiture le lendemain. Il refusa.
 Lorsqu’il repassa par Dreux, le 26, sa voiture était maculée de taches de goudron. Or, à cette époque, on goudronnait deux portions de la route de Paris à Brest, l’une entre Houdan et la Queue-lès-Yvelines, l’autre au delà de bette dernière localité, à Pontchartrain.
 Une déposition de la plus haute importance a été, en outre, recueillie par M. Vidal.
 Mme et Mlle Carrignan3, qui habitent Petit-Pré, près de Plaisir-Grignon, étaient venues remplacer, pendant, quelques jours, leur parente, Mme Nourrisson4, propriétaire de l’hôtel du Croissant, à la Queue-lès-Yvelines, où s’arrêta, le samedi 26 mai, à huit heures du matin, Seznec.
 Mlle Carrignan, qui est âgée de quatorze ans, se souvient fort bien d’avoir vu dans la voiture une valise de cuir jaune, dont elle a donné un signalement qui concorde avec celui de la valise emportée par M. Quémeneur.
 Des précisions ont été demandées d’urgence à Brest et au Havre, car s’il était prouvé que Seznec avait encore, en sa possession, le 26 mai, la valise du disparu, tout son pitoyable système de défense s’écroulerait d’un coup.
 Enfin, on sait maintenant que les deux feuilles de papier timbré qui servirent à la rédaction des actes sous-seing privé de la prétendue vente du domaine de Plourivo ont été achetées à Morlaix, postérieurement, selon toute vraisemblance, à la disparition de M. Quémeneur. Les vérifications en cours ne manqueront pas de fixer ce point dans un très prochain avenir.
 Et dès lors, les présomptions accablantes deviendront des certitudes.

VAINES RECHERCHES

 Dreux, 2 juillet (de notre envoyé spécial.)
 Dès les premières heures ce matin, les recherches entreprisses samedi par les inspecteurs de M. Vidal ont recommencé dans les environs immédiats de la Queue-lès-Yvelines. Il ne faut pas se dissimuler les difficultés qu’offrent ces opérations. La région est particulièrement accidentée avec des taillis touffus, des fondrières nombreuses. Puis il y a les étangs, quantité d’étangs...
 M. Vidal, commissaire à la sûreté générale, est arrivé à Houdan, à midi trente. Il ne devait pas tarder à recueillir de nouveaux témoignages, dont certains ont paru, au premier abord, d’une grande importance. En effet, le parquet de Dreux n’avait pas abandonné l’enquête, et MM. Romillat, procureur de la République, Girod, juge d’instruction, Bouille, commissaire de police, avaient entendu plusieurs personnes se croyant en mesure de fournir à la police des renseignements intéressants.
 Un cultivateur de Chérizy, M. Maurice Patriarche, qui possède des terrains aux environs du lieudit carrières de Chérisy, entre Conteville et Chérizy, à 2  km  500 de Dreux, se dirigeant vers Paris, avait été au passage, dès le début de juin, incommodé par des émanations caractéristiques  ; de même, M. Lachaume, laitier à Dreux, qui, chaque jour, passe sur la route tout près de cet endroit.
 «  Certainement il doit y avoir une charogne du côté droit de la route, non loin de la voie ferrée  », avaient-ils dit à leurs voisins.
 Et quand ces temps derniers, le bruit se répandit que M. Quémeneur avait probablement été assassiné dans la région de Dreux, on se demanda si son cadavre ne gisait pas à l’endroit désigné par MM. Patriarche et Lachaume. ainsi d’ailleurs que par un gendarme de la brigade de Dreux, M. Abgral5.
 Aussi cet après-midi, vers trois heures, toutes les autorités judiciaires se retrouvaient-elles aux carrières de Chérizy. Inspecteurs, gendarmes, chiens de police fouillèrent les buissons, les carrières, les bouquets d’arbres. Soudain un cri, puis des rires. Et un inspecteur de M. Vidal revint, réprimant avec peine son hilarité. Dans un ruisseau comblé par des débris de poteries et de ferrailles, il venait de découvrir, en complet état de putréfaction, le corps d’un veau.
 M. Vidal est tenace, il décida donc de revenir à Dreux pour y entendre les témoins qui avaient déposé devant les magistrats de cette ville, puis de retourner à Chérisy, car si M. Patriarche, présent aux recherches, situait à droite de la route, c’est-à-dire en allant de Houdan à Dreux, l’endroit d’où provenaient les émanations, son fils Henri6, d’accord en cela avec le gendarme Abgral, déclare nettement qu’à la même époque il en perçut qui provenaient du côté gauche. «  Il doit y avoir là un pendu  », aurait-il dit.
 Mais M. Henri Patriarche était absent. Il sera entendu demain, tandis que se continueront les battues.
 On parle aussi d’un autre témoin qui, peu après le 25 mai, jour de la disparition de M. Quémeneur, aurait remarqué des traces de sang sur la route, non loin des fameuses carrières. Cette déposition vaut également d’être élucidée.
 Pour rester dans le domaine des témoignages, il me faut encore citer celui d’un habitant de la région. Le 3 juin, à une heure qu’il ne peut encore préciser, ce témoin aurait vu s’arrêter à la côte de Lary, c’est-à-dire près des carrières, une automobile venant de la direction de Paris. Un individu, dont le signalement correspondrait en tous points à celui de Seznec, en descendit, s’enfonça dans les buissons et y resta à peu près un quart d’heure. Puis, remontant dans son auto, il repartit dans la direction de Dreux. Est-ce l’assassin présumé qui, n’ayant pas suffisamment dissimulé le cadavre de sa victime, serait venu l’inhumer plus profondément  ? Est-ce tout bonnement un touriste  ? Peut-être l’enquête donnera-t-elle des précisions à ce sujet.
 Et l’on ne peut s’empêcher, en présence de toutes ces déclarations, de citer cette phrase de Seznec. Lorsque samedi les inspecteurs quittèrent Dreux pour Houdan avec celui qui n’était encore qu’un simple témoin, le marchand de bois morlaisien ne put retenir un geste d’étonnement en voyant monter dans l’automobile de la sûreté, les deux chiens policiers de M. Bouille, commissaire de Dreux. S’adressant alors à l’inspecteur Tissier7  :
 — Des chiens peuvent-ils trouver un cadavre humain enterré à deux mètres de profondeur  ?
 — Parfaitement, répondit le policier.
 — Ah  ! reprit Seznec.
 Et, avec indifférence, il devait poser la même question sous une forme un peu différente en arrivant à Houdan, puis au dépôt. Simple curiosité, peut-être  ; mais le fait méritait d’être signalé. — Édouard Mas.

La déposition de l’ouvrier sellier... est plutôt vague

 L’ouvrier sellier de la T.C.R.P.8 qui s’était présenté à la police judiciaire, déclarant qu’il avait rencontré le 9 juin à Paris M. Quémeneur, s’est enfin rendu hier à la sûreté générale. Il n’a pu confirmer son premier témoignage et a conclu que son entrevue avec le conseiller général du Finistère datait peut-être du mois de mai.

On crut un instant hier, au Havre,
avoir retrouvé le cadavre de M. Quémeneur

 Le Havre, 2 juillet (dép. Petit Parisien.)
 On a retiré de la mer, ce matin, un cadavre portant à la gorge une profonde blessure. On crut un instant qu’il s’agissait de M. Quémeneur  ; mais le mort avait toutes ses dents, et ses vêtements ne ressemblaient en rien à ceux que portait le disparu.

___
1. Aujourd’hui À la Duchesse Anne, 5 place du 18-juin-1940.
2. Émile Hodey.
3. Clémence Conogan, née Rouvray, et sa fille Hélène Conogan.
4. Alexandrine Nourisson, née Rouvray.
5. François Abgrall.
6. Le journaliste a inversé les prénoms du père, Henri, 60 ans, et du fils, Maurice, 26 ans.
7. Albert Séraphin Henri Tissier, né le 28 décembre 1897 à Guérigny, inspecteur à la Sûreté générale, mort le 1er avril 1935 à Houilles.
8. François Le Her, employé de la Société des transports en commun de la région parisienne, qui exploite alors le réseau de tramway de Paris et de sa banlieue depuis le 1er janvier 1921.

Lundi 2 juillet 1923

1er juillet 1923 | 3 juillet 1923

ÉVÉNEMENTS

 Arrivés de Paris tôt le matin, les inspecteurs de la Sûreté générale reprennent les recherches dans la forêt des Quatre-Piliers, près de la Queue-lez-Yvelines, avec l’appui de gendarmes, de gardes champêtres et de particuliers. Des recherches sont également effectuées du côté de l’étang des Bruyères à Gambais1.
 Au Havre, dans la matinée, on retire de la mer le cadavre d’un homme. L’identification avec Pierre Quéméner est écartée car le mort a toutes ses dents2.
 Vers 12 heures 30, le commissaire Vidal arrive à Houdan, où il déjeune dans un hôtel. Il apprend alors l’existence des témoignages recueillis la veille à Dreux, concernant l’odeur macabre remarquée à Chérisy fin mai ou début juin par Henri et Maurice Patriarche, M. Lachaume et le gendarme François Abgrall.
 Vers 14 heures 30, Vidal et ses inspecteurs se rendent sur les lieux. Ils y retrouvent le procureur Romillat, le juge Girod et le commissaire Baumelou3 de Dreux, ainsi qu’Henri Patriarche, des gendarmes et des chiens de police. L’un des inspecteurs de la Sûreté générale découvre rapidement le cadavre d’un veau en état de décomposition avancée, auquel les policiers attribuent l’origine de l’odeur macabre.
 Comme les témoins ne s’étaient pas accordés sur le côté de la route d’où provenait cette odeur, Vidal retourne alors à Dreux pour rencontrer Lachaume et Abgrall. Il en profite pour réentendre le garagiste Émile Hodey. Puis il retourne à Chérisy pour interroger Maurice Patriarche, mais ce dernier est absent et son audition est reportée au lendemain.
 En fin d’après-midi, à la Queue-lez-Yvelines, Édouard Coulomb est réentendu par le commissaire Vidal. Il déclare que Guillaume Seznec lui a emprunté un cric le 26 mai pour les réparations4.
 Dans la soirée, Vidal se rend au village de Plaisir5 pour entendre Hélène Conogan, qui a vu une valise dans la voiture de Seznec le 26 juin6.

___
1. Le Matin et Le Petit Parisien du 3 juillet 1923.
2. Le Petit Parisien du 3 juillet 1923.
3. Joseph Pierre Gabriel Baumelou, né le 16 mai 1888 à La Cresse.
4. Le Journal et Le Matin du 3 juillet 1923.
5. Le Petit Parisien du 3 juillet 1923 situe la visite au «  Petit-Pré, près de Plaisir-Grignon  » (qui n’est pas une commune, mais une gare ferroviaire) et Le Journal du même jour «  au village de Grignon  ». Un quartier de Plaisir s’appelle les Petits-Prés. J’ai retrouvé la famille d’Hélène Conogan au village de Plaisir, 5 Grande Rue, dans le recensement de 1921 (elle n’y vivait plus en 1926). Le vieux village de Plaisir, dans la partie nord de la commune, jouxte la section des Petits-Prés. Il est également proche de la gare de Plaisir-Grignon et du village de Grignon (commune de Thiverval-Grignon).
6. Le Matin et Le Petit Parisien du 3 juillet 1923, ainsi que Le Journal des 3 et 4 juillet 1923.

Samedi 30 juin 1923

29 juin 1923 | 1er juillet 1923
PRESSE  : Le Journal

ÉVÉNEMENTS

 Ayant reçu dans la nuit un télégramme de la Sûreté générale concernant les opérations à Dreux et à Houdan de la veille, le juge Binet émet dans la matinée un mandat d’arrêt contre Guillaume Seznec, l’inculpant d’assassinat et de faux, et demande à ce que les recherches sur Bror Oskar Scherdin se poursuivent. Il expédie le mandat d’arrêt à Paris et télégraphie au parquet de Dreux pour que le commissaire Vidal en soit informé. Il envoie également une commission rogatoire au procureur de la République de Morlaix pour qu’il perquisitionne le domicile de Seznec1.
 Vers 8 heures, M. Freund, juge de paix de Landerneau, se présente à la villa Ker-Abri pour demander des renseignements complémentaires à Jenny Quéméner, sur commission rogatoire du juge Binet2.
 Ayant passé la nuit à Dreux, Guillaume Seznec prend son petit déjeuner vers 8 heures dans un café, sous la surveillance de l’inspecteur Bonny. Puis il se lève, disant qu’il veut envoyer une carte postale à sa femme, mais Bonny lui demande d’attendre le commissaire Vidal. Seznec veut tout de même partir et Bonny, aidé par un collègue, le retient de force. Seznec proteste que, n’étant pas inculpé, il devrait être libre de ses mouvements. Il ne sera informé que dans la soirée du mandat d’arrêt lancé contre lui3.
 Pendant ce temps, le commissaire Vidal mène une rapide enquête à Dreux, interrogeant le garagiste Hodey en particulier4. Vers 11 heures, il retrouve Seznec au commissariat et l’interroge à nouveau dans le bureau du commissaire Baumelou5.
 Dans la matinée, un huissier de Brest reçoit un arrêt de saisie provenant de Rennes contre la scierie et le garage de Seznec à Morlaix et décide de procéder à cette saisie dans l’après-midi6.
 Vers 13 ou 14 heures, le commissaire Vidal, Guillaume Seznec et les inspecteurs Bonny, Tissier, Lacouloumère et Paillet déjeunent au restaurant Le Plat d’Étain à Houdan. Seznec ne mange que quelques fraises et un peu de crème7.
 Vers 14 heures 30, tandis que le juge Binet reste à Brest pour étudier le dossier, le procureur de la République et le commissaire François de Morlaix, le commissaire Cunat de Rennes, les inspecteurs Le Gall et Thomas et deux agents de police procèdent à la perquisition du domicile de Guillaume Seznec à Morlaix, en présence de Marie-Jeanne Seznec. La maison d’habitation et les ateliers sont fouillés. Des vêtements sont saisis  : un pantalon, un veston et un gilet en drap portant des traces de cambouis, un pantalon de toile bleue ayant été soigneusement lavé, un pardessus et un chapeau mou. On saisit également vingt-quatre balles de revolver (calibre 8 millimètres) et quatre balles de pistolet automatique (calibre 7,65 millimètres), ainsi qu’une automobile Ford portant la plaque d’une Sizaire-Naudin8.
 Dans la journée, des jounalistes du Matin et du Journal rencontrent Gerd Scherdin, qui affirme que son mari n’est pas en fuite et n’a rien à voir avec la disparition de Pierre Quéméner9.
 Vers 15 heures, les policiers et Seznec quittent Houdan en direction de Paris et s’arrêtent huit ou neuf kilomètres plus loin10 aux Quatre-Piliers, où Seznec pense qu’il a eu sa première panne après le dîner du 25 mai. L’inspecteur Lacouloumère découvre à cet endroit deux feuilles de papier tachées de cambouis, ainsi qu’un chiffon portant des traces semblables à des gouttes de sang, qu’il passe sous le nez de Seznec, sans obtenir de réaction de sa part11.
 Les voitures repartent, toujours en direction de Paris, puis s’arrêtent à nouveau trois kilomètres après La Queue-lez-Yvelines, au niveau du croisement avec un sentier, où Seznec, cette fois-ci formel, indique qu’il a eu sa seconde panne et a fait demi-tour le 26 mai au matin12.
 Le cortège revient ensuite à Houdan. Devant la gare de cette ville, Seznec dit que, le soir du 25 mai, la barrière était ouverte et que Pierre Quéméner est descendu là pour prendre le train. L’employé de chemin de fer Maurice Garnier le contredit alors, affirmant que la barrière était fermée, qu’une seule voiture est venue à la gare ce soir-là, qu’un homme ayant la même silhouette que Seznec en est descendu un instant pour demander la route de Paris et que la voiture est repartie par erreur à l’opposé, sur la route de Berchères, avant de revenir et de s’éloigner vers Paris13.
 Vers 17 heures, Fernand Stutzmann se présente à la Sûreté générale pour déclarer qu’il a été floué financièrement par Guillaume Seznec en 1913. Après sa déposition, il répète ses accusations aux journalistes présents devant le siège de la Sûreté générale14.
 Ayant quitté Houdan vers 17 heures 30, Guillaume Seznec arrive à Paris vers 18 heures 30 ou 19 heures sous escorte policière et se voit notifier son arrestation. On commence à établir sa fiche anthropométrique. Le commissaire Vidal, resté plus longtemps dans la région de Houdan, n’est de retour à son bureau de la rue des Saussaies que vers 20 heures15.
 Vers 19 heures, le commissaire Labouerie de Rennes rejoint les policiers et les magistrats au domicile de Seznec à Morlaix, et la perquisition se termine vers 20 heures 30. Marie-Jeanne Seznec parle ensuite aux journalistes, protestant de l’innocence de son mari16.

___
1. Le Petit Journal et La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923.
2. La Dépêche de Brest du 2 juillet 1923.
3. Le Journal et La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923.
4. Le Petit Journal et Le Quotidien du 1er juillet 1923.
5. Le Quotidien du 1er juillet 1923.
6. Le Journal du 1er juillet 1923.
7. Le Journal et Le Quotidien du 1er juillet 1923.
8. Le Petit Journal du 1er juillet 1923, La Dépêche de Brest des 1er et 2 juillet 1923, et Bernez Rouz, pages 117, 118 et 185. Le calibre exact des balles de revolver était certainement de 0,32 pouce (7,94 millimètres). Leur association avec un revolver Hammerless dans La Dépêche de Brest du 2 juillet 1923 indique qu’il s’agissait probablement de cartouches américaines de type .32 S&W, aux douilles caractéristiques, courtes et larges, conçues pour le revolver Smith & Wesson Safety Hammerless, arme de défense facile à glisser dans une poche en raison de son chien interne et de son mécanisme de sûreté.
9. Le Matin et Le Journal du 1er juillet 1923.
10. Le Petit Journal et La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923. Il s’agit certainement de l’endroit où la route de Millemont rejoint la route Dreux-Paris, lieu de la rencontre avec Pierre Dectot.
11. Le Journal du 1er juillet 1923.
12. Le Journal du 1er juillet 1923.
13. Le Journal et La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923.
14. Le Petit Journal du 1er juillet 1923.
15. La Dépêche de Brest, Le Petit Journal et Le Quotidien du 1er juillet 1923.
16. La Dépêche de Brest et Le Petit Journal du 1er juillet 1923.

LA JUSTICE EST CONVAINCUE
QUE M. QUÉMENEUR A ÉTÉ ASSASSINÉ

Le Journal, 30 juin 1923, pages 1 et 3.

Elle a identifié le mystérieux Charly

[DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL]

 BREST, 29 juin. — Il n’est plus possible, maintenant, d’attribuer à une fugue la disparition de M. Quémeneur  ; la certitude d’un crime, aujourd’hui, est absolue  : le malheureux a été assassiné. Telles sont les graves paroles par lesquelles le juge d’instruction Binec1 a répondu à mes questions dès son retour de Landerneau, ce soir.
 Le parquet de Brest, en effet, s’était transporté ce matin à Landerneau pour perquisitionner à Ker-Abri, la demeure de M. Quémeneur. C’est précisément le résultat de cette perquisition et aussi, d’autre part, l’examen du dossier de l’affaire apporté de Paris par M. Maté2, inspecteur de la Sûreté générale, qui ont permis au juge Binec de conclure, sur des preuves qu’il juge certaines, à l’assassinat du conseiller général du Finistère.
 Le mystérieux Charly, jusqu’ici introuvable, est, paraît-il, lui-même identifié. Ce fait vous est peut-être déjà connu à Paris. Charly, qui se nomme en réalité Chardin3, est en fuite, mais on suit actuellement sa trace dans les pays Scandinaves.

 En outre, à côté de cet acteur principal, l’inspecteur aurait établi la complicité de plusieurs autres personnes. Depuis cet après-midi, notamment, une piste extrêmement intéressante est suivie, mais aucun nom ne peut encore être prononcé. Tout ce qu’il est permis de savoir, c’est qu’une des personnes suspectées habitait, tout récemment encore, Morlaix.
 La perquisition de Ker-Abri fut faite en présence de MM. Pouliguen et Quémeneur4, beau-frère et frère du disparu. Un désordre complet régnait dans la villa. S’il ne fut possible de retrouver ni comptabilité ni copie de lettres, du moins a-t-on saisi une volumineuse correspondance, et, pêle-mêle, de très nombreuses pièces relatives aux différentes affaires, dont s’occupait M. Quémeneur. Le coffre-fort, situé dans le bureau même de M. Quémeneur, ne contenait aucun argent et, bien entendu, aucune trace ne fut relevée des fameux 4,000 dollars-or que M. Sezenec affirme avoir versés à M. Quémeneur. La perquisition a eu, en outre, ce résultat excellent de permettre enfin au magistrat de confronter avec certitude la véritable écriture de M. Quémeneur d’une part avec les notes relevées sur le carnet trouvé dans la valise du Havre, d’autre part avec l’original du télégramme adressé de cette ville à Mlle Quémeneur5, et, enfin, avec le fameux acte sous-seing privé concernant la propriété de Taou-Nez, que M. Quémeneur aurait «  cédée  » à M. Sezenec, d’après les déclarations de ce dernier, en garantie d’un prêt de 4,000 dollars-or. Il est ressorti de cette confrontation d’écritures  :
 1° Que les notes du carnet sont d’une écriture nettement différente de celle de M. Quémeneur  ;
 2° Que la main qui traça ces notes est la même que celle qui écrivit l’original du télégramme adressé du Havre à Mlle Quémeneur  ;
 3° Que l’acte sous-seing privé est, lui aussi, un faux où il est aisé de reconnaître que la signature de M. Quémeneur est fort grossièrement imitée.
 Enfin, le juge d’instruction Binec, tout en gardant la réserve que doit observer un magistrat instructeur, a bien voulu néanmoins me déclarer qu’il avait relevé sur le carnet une phrase, composée exactement de trois mots, qui permet d’expliquer parfaitement toutes les obscurités qui entouraient jusqu’ici la disparition de M. Quémeneur6.
 «  Je ne puis vous en dire davantage, ajoute M. Binec, mais dans cette déclaration il est permis d’entrevoir enfin la solution de cette mystérieuse affaire et on peut affirmer, d’autre part, que les auteurs de l’assassinat de M. Quémeneur ou plus exactement, que celui qui écrivit ces trois mots sur le carnet signa littéralement sa propre dénonciation  !  »
 Demain, l’enquête, menée parallèlement par le parquet de Brest et par la brigade mobile de Rennes, continuera hors de Brest, et il me sera sans doute possible alors de vous nommer le troisième complice mystérieux qui, avec Charly-Chardin et Sezenec, se trouve intimement mêlé à la disparition tragique de M. Quémeneur.
 Enfin, le juge Binec a manifesté son intention de faire accompagner à Brest M. Sezenec, qu’il désire interroger lui-même. — HENRY BARBY.

L’ENQUÊTE JUDICIAIRE À DREUX
EMBARRASSE M. SEZENEC

 Si M. Sezenec a pu croire que ses longues explications satisferaient la justice et qu’il pourrait reprendre sans encombre pour Morlaix le chemin qu’il eut tant de difficultés à parcourir avec son ami Quémeneur, son illusion aura été de courte durée. En effet, dès hier matin, à 9 heures, M. Vidal le convoquait à son cabinet où, après avoir reçu de lui confirmation de certaines déclarations faites la veille, il le pria de le suivre... jusqu’à Dreux.
 C’est à Dreux, on s’en souvient, que M. Sezenec a prétendu s’être séparé de M. Quémeneur, en précisant même qu’il l’avait accompagné à la gare, après avoir tenté, mais en vain, de poursuivre en automobile le voyage sur Paris.
 Donc, à 10 heures, l’automobile de la Sûreté générale emportait vers les lieux si parfaitement décrits par M. Sezenec au cours de sa déposition, M. Sezenec lui-même, M. Vidal et deux inspecteurs. Ils filèrent directement sur Dreux, où ils arrivèrent deux heures après. Là M. Vidal pria M. Sezenec de lui indiquer le chemin de la gare, où il avait accompagné, avait-il dit, M. Quémeneur7.
 Quel ne fut pas son étonnement alors de voir M. Sezenec rester muet et embarrassé. M. Sezenec ignorait où se trouvait la gare de Dreux  ! De même pour l’hôtel où il déclarait avoir dîné en compagnie de M. Quémeneur, il a été incapable d’en indiquer l’adresse. M. Vidal n’insista pas.
 Mais alors, une question se pose. Où donc les deux voyageurs s’étaient-ils séparés, si ce n’était à Dreux  ?
 M. Sezenec avait dit, lors de sa première déclaration  : «  J’ai dû passer à Houdan, mais je ne m’en souviens pas.  » L’auto de la Sûreté générale roula sur Houdan. Ici, nouvel étonnement du magistrat enquêteur. Il retrouva la trace précise de MM. Sezenec et Quémeneur. Ils avaient dîné tous deux à Houdan, qui se trouve à vingt kilomètres de Dreux, à 9  h.  15 du soir. Et M. Sezenec prétendait ne pas s’en souvenir  !
 Est-ce dans cette localité que les deux hommes se sont quittés  ? Voilà ce qu’on peut difficilement affirmer. Aucun des trains se dirigeant8 sur Paris ne s’arrête à Houdan, et celui que pouvait prendre M. Quémeneur passe en gare de Dreux à 9  h.  45. Il faudrait donc admettre qu’en une demi-heure il aurait dîné et parcouru avec l’automobile de Sezenec — dont on se rappelle l’état défectueux — les vingt kilomètres qui séparent Houdan de Dreux. Une telle hypothèse se dément d’elle-même.
 Poursuivant ses vérifications, M. Vidal revint alors à Millemont, mais ici encore, impossible de retrouver les lieux où se produisit la panne dont a parlé M. Sézenec et qui l’obligea à passer la nuit dans sa voiture.
 Par contre, il est établi qu’il est arrivé en auto, mais seul cette fois, à la Queue-les-Yvelines, le samedi 26 mai, à 8 heures du matin. Il était très abattu  ; il remisa son auto dans la cour d’un hôtel et dormit sur la banquette de l’auto jusqu’à midi. À 2  heures, il repartait pour Morlaix.
 Le point obscur se place maintenant entre la station à Houdan et l’arrêt à la Queue-les-Yvelines. Qu’a fait M. Sezenec à ce moment  ? Qu’est devenu M. Quémeneur à cet endroit  ? Et placé en face de ces contradictions, quelle attitude va prendre M. Sezenec  ? Il est certain que tout cela est bien étrange et fait peser sur lui les plus graves présomptions.
 Un crime a-t-il été commis  ? La question se pose désormais plus que jamais. Sans doute sera-t-elle résolue aujourd’hui. Mais s’il y a eu guet-apens et crime et que M. Sezenec y soit mêlé, il faudra découvrir à celui-ci un complice  : la personne qui, le 26 mai au matin, s’est présentée à deux reprises au bureau de poste du boulevard Malesherbes, pour y toucher le chèque expédié de Pont-l’Abbé par M. Pouliguen  ; car il est actuellement démontré, nous l’avons dit plus haut, que ce jour-là, M. Sezenec se trouvait à la Queue-les-Yvelines. Est-ce, comme on le croit, le mystérieux Chardin dit «  Charly  »  ? C’est ce que l’enquête permettra d’établir avant peu.

___
1. Ernest Binet.
2. Henri Mathey.
3. Bror Oskar Scherdin.
4. Jean Pouliquen et Louis Quéméner.
5. Jenny Quéméner.
6. Henry Barby indiquera dans Le Journal du 2 juillet 1923 que cette phrase ne comportait en fait que deux mots, «  Dépenses Quémeneur  », dont le deuxième était superflu, mais cette explication ne tient pas et je pense que le juge Binet faisait plutôt référence à l’indication de la prise de train à Dreux, l’erreur commise par Seznec dans son récit coïncidant avec cette inscription dans le carnet.
7. L’article en première page s’interrompt ici et reprend en troisième page, sous le titre «  Le mystère Quemeneur  » et le sous-titre «  La troublante enquête à Dreux  », que je n’ai pas reproduits.
8. Source  : «  ne se dirigeant  ».

Vendredi 29 juin 1923

28 juin 1923 | 30 juin 1923
DOCUMENT  : Perquisition de Ker-Abri
PRESSE  : La Dépêche de Brest

ÉVÉNEMENTS

 De bonne heure, Guillaume Seznec revient à la Sûreté générale, où il déjeune d’un bol de lait et de deux croissants1. Vers 9 heures, le commissaire Vidal le fait venir dans son bureau pour l’entendre à nouveau, puis lui demande de l’accompagner à Dreux2.
 Vers 9 heures, le juge d’instruction Binet et le procureur de la République Guilmard de Brest arrivent à Landerneau pour effectuer une perquisition de la villa Ker-Abri, assistés par le commissaire Cunat et l’inspecteur Le Gall de Rennes, l’inspecteur Lecerre de la Sûreté générale et le greffier d’instruction Kutschner. La perquisition se déroule en présence de Jean Pouliquen et Louis Quéméner3.
 Vers 10 heures 45, Vidal, Seznec et deux inspecteurs de la Sûreté générale partent pour Dreux en voiture, où ils arrivent vers midi. Seznec ne parvient pas à indiquer le chemin de la gare et ne retrouve pas le restaurant où il a dîné avec Pierre Quéméner4.
 Quittant Dreux, Vidal et ses inspecteurs emmènent Seznec dans la direction de Houdan et interrogent en route les hôteliers. Le propriétaire de l’hôtel-restaurant Le Plat d’Étain à Houdan reconnaît formellement Seznec comme l’un de ses clients. L’hôtelier situe l’arrivée des voyageurs vers 21 heures 30 et leur départ après 22 heures. Seznec admet alors que c’est en effet à Houdan qu’il a dîné le 25 mai et que c’est probablement à la gare de cette ville qu’il a déposé Pierre Quéméner5.
 Dans la soirée, Vidal, ses inspecteurs et Seznec retournent à Dreux, où ils dînent vers 22 heures 30. Rejoint par le juge d’instruction Girod, Vidal reprend l’interrogatoire de Seznec après le repas, vers 23 heures, dans le bureau du commissaire Baumelou de Dreux6. Cette audition ne se termine que vers 2 ou 3 heures du matin7. Tout le monde passe la nuit à Dreux  : Vidal et ses inspecteurs à l’hôtel de France, et Seznec au commissariat8 ou à l’hôtel9, sous surveillance.

___
1. Le Petit Parisien du 30 juin 1923.
2. Le Journal du 30 juin 1923.
3. Procès-verbal de transport sur les lieux ci-dessous.
4. Le Petit Parisien et Le Journal du 30 juin 1923.
5. Le Matin du 30 juin 1923.
6. Le Matin et Le Petit Parisien du 30 juin 1923.
7. Le Petit Journal et La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923.
8. Le Quotidien du 1er juillet 1923. L’hôtel de France, fermé en 2002, était situé 24, rue Saint-Martin.
9. La Dépêche de Brest du 1er juillet 1923.

PROCÈS-VERBAL DE TRANSPORT
par le juge Binet (perquisition de Ker-Abri)

L’an mil neuf cent vingt trois, le 29 juin, nous soussigné Ernest Binet, juge d’instruction à Brest, accompagné de M. Guilmard, Procureur de la République, et assisté de Me Kustchner1, greffier d’instruction, déclarons nous être transportés à la villa Kerabri, propriété de M. Quémeneur, sise à Landerneau, à l’effet de procéder à une perquisition tendant à rechercher toutes pièces, documents, pouvant servir à la manifestation de la vérité dans l’information ouverte à l’occasion de la disparition du sieur Quémeneur, survenue dans des conditions suspectes et de nature à faire supposer un attentat criminel.
 Arrivés à 9 heures du matin à la villa Kerabri, nous y avons été reçus par M. Pouliquen, notaire à Pont-l’Abbé, beau-frère de M. Quémeneur, et M. Quémeneur Louis, frère du disparu.
 Après leur avoir fait connaître le but et l’objet de notre visite, ces messieurs nous ont introduits dans le bureau de leur beau-frère et frère, sis au rez de chaussée de la villa Kerabri.
 Avant de procéder aux opérations qui déterminaient notre visite, nous avons remarqué, tant sur le bureau de M. Quémeneur que dans les casiers ou armoires diverses qui garnissaient le local, un désordre manifeste  : des papiers, documents divers, registres, agendas, étaient pêle-mêle répandus un peu partout.
 Avec l’assistance de M. Cunat, commissaire de police mobile à Rennes, M. Legall
2, inspecteur de police également à Rennes, et M. Leserre3, inspecteur de la Sûreté générale, attaché au service des Recherches Judiciaires, nous avons procédé à l’examen minutieux du bureau de M. Quémeneur, des tiroirs de sa table de travail, des casiers adhérant au mur de la pièce servant de cabinet de travail, ainsi que du coffre fort s’y trouvant.
 Nous remarquons tout d’abord l’absence de toute comptabilité régulière  : nous ne rencontrons ni livres de commerce, ni copies de lettres, seulement quelques agendas, relatifs à un négoce de vins ou de bois remontant à des années antérieures et dans lesquels on ne saurait rencontrer aucunes indications utiles à l’affaire en cours actuel.
 Toutefois, nous saisissons divers documents pouvant présenter un intérêt quelconque, que nous plaçons sous scellés numérotés 1, 2, 3, 4 et 5, après les avoir revêtus de notre cachet, et qui se réfèrent  : le n°  1 à des tractations de voitures automobiles  ; le n°  2 à des projets de vente de la propriété Traonez  ; le n°  3 à des correspondances diverses, types de signature Quéméneur, photographies et livret militaire du disparu  ; le n°  4 comptes de Quémeneur à la Société Bretonne, carnets de chèques divers  ; le n°  5 dossier de Jaegher.
 Il convient d’observer que dans les investigations auxquelles nous avons procédé il nous a été impossible de découvrir une trace quelconque de correspondance échangée entre Quemeneur, Seznec et l’Américain dit Schardy ou Charly.
 Après avoir minutieusement inventorié le bureau de M. Quemeneur, nous avons parcouru successivement les différentes pièces composant l’appartement du dit, notamment sa chambre à coucher et les armoires ou meubles la garnissant  : nous n’y avons rien découvert.
 Nous ajoutons que notamment, ni dans le coffre fort, ni dans les tiroirs des meubles, nous ne trouvons aucune somme d’argent, ni espèces, ni billets, ni dollars.
 Le coffre fort contient des reconnaissances de dettes, pour des sommes importantes, souscrites au profit de Quemeneur par différents membres de sa famille et pour plusieurs centaines de mille francs.
 En foi de quoi, nous avons signé le présent procès verbal de transport, avec MM. Guilmard, Procureur de la République, Kustchner, greffier, Cunat, commissaire de police mobile à Rennes, Legall, inspecteur de police mobile à Rennes, et Leserre, inspecteur au Contrôle général des recherches à Paris.

Landerneau, le 29 juin 19234

___
1. Le juge Binet a inversé deux lettres du nom de son greffier, qui s’appelait en réalité Kutschner, comme le montrent sa signature et un article de L’Ouest-Éclair du 16 juillet 1925, page 5.
2. Pierre Le Gall.
3. Henri André Lecerre, graphie confirmée par sa signature et par des décrets publiés au Journal officiel de la République française.
4. J’ai reproduit ce texte à partir de photographies du procès-verbal manuscrit. J’ai respecté les graphies des noms propres, ainsi que l’absence de traits d’union à «  procès verbal  », «  rez de chaussée  » et «  coffre fort  », qui suit l’ancien usage, mais j’ai modifié la ponctuation erratique et la présentation de la liste des scellés. Il existe une ancienne copie dactylographiée de ce texte, qui est principalement fautive sur la transcription des noms du greffier («  Kusdetunen  ») et de l’inspecteur de la Sûreté générale («  Lesetre  »), et qui a rendu «  Charling  » là où je vois «  Charlie  » corrigé en «  Charly  ».

LA DISPARITION DE M. QUÉMÉNEUR

La Dépêche de Brest & de l’Ouest, 29 juin 1923, pages 1, 2 et 5.

Au conseil municipal de Saint-Sauveur — Une étrange attitude
Les prix exagérés de certains garages — Pour éviter
de payer des droits — M. Seznec longtemps interrogé à Paris

 M. Pierre Quéméneur, on le sait, était conseiller général de Sizun  ; mais il était aussi, et depuis bien plus longtemps encore, [c]onseiller municipal de Saint-Sauveur.
 Venu de Commana, où il participait à l’exploitation d’une ferme avec ses parents, il s’était établi marchand de vins vers 1906 en ce bourg, dont les électeurs le portaient à l’hôtel de ville en mai 1908.
 Depuis cette époque, toujours réélu, on comprend que M. Quéméneur était connu de tous à Saint-Sauveur et que sa disparition y ait causé une profonde émotion. Il devait d’ailleurs se fixer à nouveau en ce pays, où il n’avait connu que des jours heureux et de bons compagnons.
 À cet effet, il avait, en 1922, fait acquisition d’un terrain à l’entrée du bourg, dans l’intention d’y construire un important immeuble qui devait lui servir de résidence. Pourtant, au début de cette année, il en cédait la moitié, partie à Mlle Rolland, dont la maison s’édifie actuellement, partie à M. Picard, qui doit prochainement y faire construire la sienne.
 En dépit de ce morcellement, le conseiller général n’avait pas abandonné l’idée de venir habiter Saint-Sauveur. Il lui restait suffisamment de terrain pour y planter sa tente.
 Le 24 mai, nous l’avons dit, le conseil municipal de Saint-Sauveur se réunissait. Comme tous ses collègues, M. Quéméneur avait été convoqué.
 Dans la soirée du 21, comme il traversait le bourg en automobile, il fit1 la rencontre du secrétaire de mairie, auquel il dit  :
 —  Je ne manquerai certainement pas d’assister jeudi à la séance.
 Son intention ne peut être mise en doute car, on se le rappelle, le mercredi 23 mai, il s’était rendu dans la soirée chez M. Legrand, à Landerneau, et lui avait déclaré  :
 —  Je pars demain à 5 heures pour Saint-Sauveur pour assister à la séance du conseil municipal, qui doit avoir lieu à sept heures. Il est indispensable que j’y sois, car je dois traiter une question de chemins vicinaux. Mais, comme je dois prendre le train pour Rennes, je ne pourrai pas assister au banquet qui suit d’ordinaire ces réunions.
 «  Ce soir-là, ajoutait M. Legrand, M. Quéméneur m’a paru quelque peu anormal. Je trouvai tout d’abord étrange qu’il vint me voir à une heure aussi tardive, puisque la nuit tombait, et puis son attitude m’étonnait. En un mot, il me paraissait drôle.  »
 À Saint-Sauveur, le lendemain, on attendit vainement M. Quéméneur. On l’attendit précisément à cause de la question des chemins et aussi parce qu’il y avait une importante décision à prendre au sujet de la construction d’une nouvelle école. Et ce fut une surprise générale de ne point le voir à l’ouverture de la séance, retardée à son intention jusqu’à 9 heures environ.
 —  Vers 10 heures, nous dit M. J.  F. Abgrall, maire, on me remit une lettre de M. Quéméneur, datée du jour même à Landerneau, 24 mai, s’excusant de ne pouvoir venir à la séance «  car il était très fortement grippé depuis quelques jours.  »
 «  Aucune mention d’un voyage quelconque, mais quelques phrases ayant trait à la question des chemins vicinaux et ruraux. Il me priait d’en donner connaissance au conseil, ce qui fut fait immédiatement.
 «  Notre banquet ordinaire, ajoute M. Abgrall, n’eut pas lieu ce jour-là. En raison des travaux des champs, nous avions résolu de le reporter à un dimanche. La date choisie avait été le 27 mai. Comme tous, M. Quéméneur en avait été avisé et nous fûmes surpris de ne recevoir de lui aucune réponse.
 «  Dans tout cela, ce qui nous étonne le plus, c’est que le disparu ait cru devoir prétexter une indisposition pour ne pas assister à la séance, alors qu’il partait le matin même du jour où il datait sa lettre pour un voyage  !  »
 Chose étrange, au cours de notre enquête, nous croyons devoir le dire, plusieurs de nos interlocuteurs nous ont déclaré tout comme M. Legrand  : «  Depuis quelque temps, l’attitude de Pierre Quéméneur nous semblait drôle  !  »
 À quoi cela tenait-il  ? Vraisemblablement à l’enthousiasme qu’il éprouvait pour cette affaire d’automobiles et qui lui faisait dire à M. Seznec  :
 —  Sois confiant  ; bientôt, mon vieux, nous roulerons sur l’or  !

Pourquoi M. Seznec a cru devoir revenir de Dreux à Morlaix

 Tandis que, par toute la région, pour ne pas dire par tout le pays, bien que cette mystérieuse affaire ait accaparé l’attention générale, on émet inlassablement des hypothèses, on retrouve sur toutes les lèvres la même question  :
 —  Pourquoi M. Seznec, se trouvant à Dreux, c’est-à-dire à 80 kilomètres de Paris, a-t-il jugé plus pratique de rebrousser chemin pour regagner Morlaix, c’est-à-dire de faire à nouveau 480 kilomètres  ?
 À cela, nous avons déjà fourni sommairement la réponse de l’intéressé  ; mais nous croyons utile aujourd’hui de la donner complète. Nous l’avons reçue de nouveau hier de Mme Seznec et elle confirme pleinement ce que nous avait indiqué son mari dès le premier jour  :
 —  Mon mari n’a pas voulu poursuivre son chemin vers Paris après avoir quitté M. Quéméneur à Dreux, car, après la dernière panne qui l’immobilisa durant la nuit, à une dizaine de kilomètres de toute habitation, il ne pouvait songer à présenter la voiture à un acquéreur dans cet état  ; d’autant moins qu’elle était la première de celles que nous devions livrer.
 «  Certes, on pouvait la faire réparer à Paris, mais nous étions fixés depuis déjà longtemps sur les habitudes de certains garagistes parisiens. Nous l’étions d’autant mieux que nous avons dû, il n’y a pas très longtemps, laisser ainsi à Paris, durant un an environ, une limousine Westinghouse en parfait état. Lorsqu’on nous l’a rendue, la carrosserie ne se reconnaissait plus, tellement on s’en était servi.
 «  De plus, nous avons dû payer 2.400 francs de garage et 600 francs environ de transport. C’est pour éviter le renouvellement de semblable fait que mon mari a préféré rentrer à Morlaix, en dépit du mauvais état du véhicule.  »
 Et Mme Seznec nous présente la Cadillac qui fait aujourd’hui l’objet de tant de conversations. On répare en ce moment ses multiples avaries  : coussinets fondus, etc. Comme elle a roulé à plat depuis Le Ponthou jusqu’à Morlaix, la jante droite avant est complètement usée.
 —  Mon mari à son retour, ajoute notre interlocutrice, avait les mains dans un état lamentable, tant il avait dû faire d’efforts pour mener à bien les innombrables réparations entreprises en cours de route.

Une propriété payée en or

 La famille Quéméneur, dit un télégramme venu de Paris, élève des doutes au sujet de certaines inscriptions du carnet et surtout au sujet d’un acte sous seing privé en date du 22 mai, et signé Quéméneur et Seznec. Cet acte concerne la vente d’une propriété.
 Nous avons soumis ce télégramme à Mme Seznec, qui nous a exposé ce qui suit  :
 Je me plaignais depuis déjà longtemps d’habiter Morlaix à cause surtout des injustices qu’on faisait subir à mon mari. Comme je le faisais devant M. Quéméneur, qui fréquentait notre maison où il couchait lorsqu’il venait à Morlaix, il me dit un jour  :
 «  Pourquoi donc n’achetez-vous pas la propriété que je possède à Plourivo, dans les Côtes-du-Nord  ? Elle est très bien située et comporte environ 90 hectares de terrain.  »
 «  Je savais, par lui-même, que M. Quéméneur avait coupé une partie importante de cette propriété et qu’il en avait tiré pour 100.000 francs environ de poteaux de mines  ; aussi nous discutâmes du prix.
 «  Vers la fin d’avril, mon mari et moi nous accompagnions M. Quéméneur à sa propriété, qu’il tenait à nous faire visiter. Elle nous plut. Mais la somme qui nous était demandée nous paraissait trop forte.
 «  Depuis longtemps déjà, de son côté, notre ami eût bien voulu que nous lui cédions des dollars en or que j’avais amassés alors que je blanchissais à Brest le linge des hôpitaux et celui des Américains. J’avais ainsi mis en réserve 19 pièces de 20 dollars et 206 pièces de 10 dollars  ; mais je ne voulais m’en séparer à aucun prix.
 «  Pourtant, pour obtenir la propriété désirée, je me voyais contrainte de m’y résoudre.
 «  —  Quand vous aurez vu la propriété, me répétait M. Quéméneur, vous vous déciderez certainement à vous séparer de votre or.  »
 «  Il avait vu juste. En effet, après la visite faite à Plourivo, je me décidai. Le prix convenu devait être représenté par les dollars, plus une somme de 35.000 francs. Pourtant, afin d’éviter les frais d’enregistrement, on résolut de ne point mentionner les dollars dans l’acte de vente.
 «  Et voilà pourquoi le 22 mai mon mari, portant l’or dans une boîte de carton, se rendait à Brest où il passait marché avec M. Quéméneur. Celui-ci, après accord décidé dans un café, se rendit chez un ami du voisinage où il fit taper à la machine les deux formules  ; puis, à la main, il ajouta  : «  Lu et approuvé, fait en double le 22 mai 1923  », et tous deux signèrent.
 «  M. Quéméneur a-t-il emporté les dollars à Paris  ? Voilà ce qu’il serait important de savoir  !  »

L’interrogatoire de M. Seznec

 Paris. — L’enquête ouverte par le parquet de Brest pourrait bien recevoir une solution prochaine assez inattendue.
 M. Vidal, commissaire de police à la sûreté générale, a interrogé M. Seznec, le camarade de l’infortuné M. Quéméneur pendant son voyage de Landerneau à Dreux.
 Nous disons infortuné, car la sûreté générale a de plus en plus la conviction que le conseiller général du Finist[è]re a été assassiné. Quel serait l’assassin  ? Quel serait le mobile du crime  ? La sûreté générale nous le dira peut-être bientôt, dès que ses soupçons seront devenus certitude.
 Arrivé à sept heures du matin à la gare Montparnasse, M. Seznec fut accompagné à la sûreté générale, où M. Vidal commença un long interrogatoire.
 Interrompue par le déjeuner, l’audition du témoin fut reprise vers deux heures et se prolongea fort avant dans la journée  : les circonstances du voyage en auto, si malencontreusement interrompues, furent rappelées. Puis, le commissaire se livra à un examen minutieux des affaires traitées entre M. Quéméneur et Seznec.
 Cet examen porta notamment sur un acte sous seing privé comportant promesse de vente d’une propriété de 90 hectares appartenant à M. Quéméneur, appelée «  Taou-Nez  »2, dans les Côtes-du-Nord. Cet acte est dactylographié.
 Où fut rédigé cet acte  ? Quel fut le dactylographe  ? À ces questions, M. Seznec a répondu simplement  : «  C’est M. Quéméneur lui-même qui a fait taper cet acte à Brest.  »
 Aucune autre précision ne fut donnée. Ce contrat est signé par M. Quéméneur. Ainsi que l’exige la loi, la signature est précédée des mots Lu et approuvé, de la même écriture. On lit encore, écrit à la main  : «  Fait en double à Landerneau, le 22 mai 1923  ».
 Aucun témoin n’a assisté à la rédaction ni même à la signature de l’acte. Cette signature, d’après M. Seznec, fut donnée par M. Quéméneur, café des Voyageurs, à Brest.
 L’enquête faite par les soins des polices de Brest et de Paris a mis en lumière la mauvaise situation financière de M. Seznec. Il a eu à maintes reprises — il le reconnaît — recours à des emprunts et fut menacé plusieurs fois de saisie.
 Dans ces conditions, M. Vidal s’étonna que M. Seznec ait pu donner à M. Quéméneur 4.040 dollars-or, qui représentent une somme d’environ 65.000 francs. L’enquête n’est d’ailleurs pas terminée sur ce point.
 Notons que M. Seznec fut toujours entendu à titre de témoin.
 On sait que M. Pouliquen, notaire à Pont-l’Abbé, et Mlle Quéméneur, beau-frère et sœur du disparu, sont à Paris depuis quelques jours. Hier, ils avaient déjà émis des doutes sur l’authenticité des notes et inscriptions relevées sur le carnet de M. Quéméneur.
 Aujourd’hui, ils ont déclaré que l’écriture des mots manuscrits tracés au bas de l’acte de promesse de vente de la propriété de Taou-Nez n’était pas celle de M. Quéméneur. Ils ont affirmé leur doute malgré les dénégations de M. Seznec.
 On apprend du Havre que les vérifications se poursuivent.
 Dans cette ville, où la présence de M. Quéméneur aurait été signalée les 11, 12 et 13 juin, aucun indice probant n’a été trouvé.
 D’autre part, M. Vidal a reçu la visite de deux personnes, qui ont fait des déclarations au sujet de l’affaire Quéméneur, déclarations qui vont être vérifiées. Elles portent, croyons-nous, sur des points de détail qui n’ont qu’un rapport lointain avec la disparition du conseiller général.

Autour d’un télégramme

 Landerneau, 28. — Des doutes ont été émis au sujet de l’authenticité de la dépêche  : Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours. Tout va pour le mieux, et soi-disant signée  : Pierre, expédiée du Havre à la date du 13 juin à Quéméneur, négociant à Landerneau. Aujourd’hui, continuant nos recherches, nous apprenons que ce télégramme, qui avait fait cesser pendant quelques heures les recherches, n’était pas signé Pierre, mais bien du nom propre Quéméneur, et qu’à sa réception sa sœur, connaissant les démarches déjà entreprises par son frère Louis, marchand de bois à Paimpol, pour retrouver Pierre, fit immédiatement la remarque suivante à des personnes présentes  : «  Tiens, c’est drôle, des nouvelles de mon frère, mais la dépêche est signée Quéméneur, et je ne sais lequel de mes deux frères me l’expédie  !  »
 L’incertitude ne fut pas de longue durée, car, le soir même, Louis revenait à Landerneau.
 Voilà donc un nouveau fait qui a aussi son importance. Après le titre de négociant que nous avons relevé, hier, sur l’adresse, nous apprenons aujourd’hui que la dépêche est signée Quéméneur, alors que, logiquement, et pour calmer les inquiétudes des siens, qu’il n’avait jamais laissé si longtemps sans nouvelles, il devait, comme d’habitude, signer Pierre.
 Des inspecteurs de la sûreté de Paris et de la brigade mobile de Rennes sont à Landerneau depuis deux jours, et procèdent à des recherches. Ils interrogent ceux qui furent en relations avec M. Quéméneur, pour relever certains détails encore obscurs jusqu’à ce jour.

L’AFFAIRE QUÉMÉNEUR

L’Enquête au Havre

 Le Havre, 28. — Des inspecteurs de la sûreté, continuant leur enquête, ont appris que le dimanche 10 juin un voyageur, répondant au signalement de M. Quéméneur et vêtu d’un costume gris clair, a déjeuné dans un restaurant du boulevard Albert Ier. Il est revenu dans le même établissement le lendemain ou le surlendemain.
 Diverses autres recherches dans la région du Havre n’ont donné aucun résultat.

___
1. Une ligne a été insérée par erreur après ce mot  : «  immeuble qui devait lui  ».
2. Traou-Nez.

Jeudi 28 juin 1923

27 juin 1923 | 29 juin 1923
PRESSE  : La Dépêche de Brest - La Croix - Le Journal - Autres articles

ÉVÉNEMENTS

 Vers 7 heures 15, Guillaume Seznec arrive à Paris, gare Montparnasse, par le rapide de Brest. Il porte sa mallette en osier. Suivi discrètement dès son arrivée par deux inspecteurs1, il se rend au café-restaurant À la Ville de Brest, 5 place de Rennes2, près de la gare. Il prend un café et plusieurs croissants, ainsi qu’un verre de vin blanc, et lit la presse avec intérêt. Au moment de payer, il dépose sa mallette à la caisse en disant qu’il repassera la chercher le soir même. Les inspecteurs, qui étaient assis à une table voisine, récupèrent la mallette après son départ3.
 Tôt dans la matinée, deux inspecteurs de la Sûreté générale se rendent à Millemont et interrogent les deux aubergistes et le garagiste du village, sans succès. Puis, à La Queue-lez-Yvelines, ils retrouvent la trace du passage de Seznec le 26 mai4.
 Vers 9 heures 30, Seznec arrive à la Sûreté générale, rue des Saussaies. Il est interrogé toute la journée par le commissaire Achille Vidal. Interrompue par le déjeuner, l’audition reprend vers 14 heures5. Elle est suivie d’une confrontation avec Jean Pouliquen et Jenny Quéméner6.
 Le commissaire Léon Labouérie et quelques inspecteurs de la police mobile de Rennes se rendent à Morlaix chez les Seznec. Audition de Marie-Jeanne, perquisition de la maison et du garage, et mise sous scellés de la Cadillac.
 Audition de Gabriel Saleun.
 Dans la journée, un journaliste du Petit Journal rencontre Jean Marc, père de Marie-Jeanne Seznec, qui donne de très mauvais renseignements sur son gendre7.
 L’audition de Guillaume Seznec dure jusqu’à 22 heures. Il renonce à dîner et passe la nuit dans un hôtel voisin de la rue des Saussaies, accompagné de deux inspecteurs8.

___
1. Probablement Pierre Bonny et Alphonse Royère, qui secondent le commissaire Vidal dans son enquête. L’inspecteur Albert Tissier, 25 ans, est présent en arrière-plan sur la photographie de Guillaume Seznec prise ce matin-là devant la Sûreté générale, mais il a les mains vides et l’homme qui l'accompagne ne transporte pas la mallette de Seznec.
2. Aujourd’hui À la Duchesse Anne, 5 place du 18-juin-1940.
3. Le Petit Journal du 29 juin 1923 et Le Petit Parisien du 3 juillet 1923.
4. Le Petit Parisien du 30 juin 1923.
5. La Dépêche de Brest du 29 juin 1923.
6. Le Petit Journal du 29 juin 1923.
7. Le Journal et Le Petit Journal du 1er juillet 1923.
8. Le Petit Parisien et Le Petit Journal du 30 juin 1923.

LA DISPARITION DE M. QUÉMÉNEUR

La Dépêche de Brest & de l’Ouest, 28 juin 1923, pages 1, 2 et 5.

Le conseiller général de Sizun avait eu plusieurs entrevues
avec le mystérieux Charly — S’est-il jamais rendu au Havre  ?
Une véritable mise en scène

 Il est certain aujourd’hui que M. Quéméneur était entré en relations avec l’individu qui lui écrivait sous l’en-tête de la Chambre de commerce américaine de Paris et qu’on désignait sous le nom de Charly par l’intermédiaire d’une annonce répandue dans les journaux.
 Des recherches nous ont permis de retrouver une annonce parue fin novembre dernier et libellée comme suit  :
 «  Automobiles. Suis acheteur comptant toutes voitures et châssis Cadillac et camions U.S.A. provenant des stocks, dans n’importe quel état.  »
 Cela répond parfaitement, on le voit, aux besoins de l’affaire entreprise par M. Quéméneur, U.S.A. et Cadillac, telles étaient les marques qu’il réclamait.
 «  Quel que soit l’état des voitures, disait-il, pourvu qu’elles roulent, cela suffit.  »
 Et l’on recherche à présent l’auteur de cette annonce.
 Quant à Charly lui-même, M. Seznec nous disait, avant-hier, qu’il ne croyait pas que M. Quéméneur l’eût jamais vu  ; mais il ne pouvait rien affirmer à ce sujet.
 Nous avons rencontré, hier, un confident du disparu auquel celui-ci déclarait nettement  :
 — Celui qui me procure l’affaire, je l’ai vu plusieurs fois et puis lui accorder autant de confiance qu’à moi-même. Il m’a d’ailleurs communiqué des documents qui ne me permette d’avoir aucun doute. Ces documents étaient des pièces émanant d’un gouvernement et démontraient qu’il avait assez d’influence pour me permettre non seulement d’obtenir l’affaire, mais de la continuer en la renouvelant.
 «  Mais, ajoutait M. Quéméneur, je n’ai pas l’intention d’accaparer tous les marchés  ; lorsque je les aurais eu trois ou quatre fois, je les passerai à d’autres, car à ce moment le bénéfice obt[e]nu sera suffisant  ».
 Qu’est donc devenu ce Charly qui avait si bien capté la confiance du conseiller général de Sizun et dont on n’a pu découvrir la trace jusqu’à présent  ?
 On avait tout d’abord mis son existence en doute  ; mais il ne peut plus [en]1 être question aujourd’hui, quel que soit son nom, puisque M. Quéméneur déclarait l’avoir rencontré.

Les surprises de la graphologie

 M. Quéméneur était au Havre le 13 juin, nous dit-on, mais sur quoi repose cette affirmation  ? Sur le fait qu’un télégramme signé Pierre aurait été adressé à sa sœur, dans cette ville  ? Sur les inscriptions relevées dans le carnet qui lui permettait de tenir ses comptes au jour le jour  ?
 Qu’est-ce qui démontre tout d’abord que le disparu ait atteint Paris, sinon une simple ligne griffonnée sur ce carnet étroit dont l’encre est délavée et les caractères imprécis au point de n’être pas complètement déchiffrés  ?
 Il n’est pas, en effet, encore établi que M. Quéméneur ait rencontré qui que ce soit dans la capitale. Il est, par contre, certain qu’il n’est pas descendu à l’hôtel de Normandie où devait le retrouver M. Seznet2, comme lui intéressé à cette affaire qui déterminait leur déplacement commun.
 Toujours, se basant sur les inscriptions du carnet, on déclare encore que M. Quéméneur fit un voyage de Paris au Havre, un autre voyage dont on ne peut distinguer le terme, puis revint au Havre d’où il songea seulement le 13 juin à télégraphier à sa sœur. Il était donc à ce moment resté 19 jours sans donner de ses nouvelles.
 Or, il est établi que cela est absolument contraire à ses habitudes. Partout où il se trouvait — nous avons en cela fait appel au témoignage de tous ceux qui l’approchaient — il s’empressait, chaque fois qu’il était retenu à Landerneau même ou qu’il voyageait dans les environs, de téléphoner ou d’écrire à sa sœur. Dans toutes les maisons où il avait coutume de fréquenter, le fait fut maintes fois remarqué.
 Est-il admissible, par suite, qu’au cours de voyages aussi inattendus il soit resté de si longs jours sans adresser le moindre mot  ?
 M. Quéméneur était au Havre le 13 juin  ! Possible, mais ne doit-on pas se souvenir qu’hier encore on déclarait que le télégramme signé de son nom n’était pas écrit de sa main  ?
 L’erreur est donc admise en ce qui concerne l’examen d’une écriture qui a pu se développer normalement sur toute la largeur d’une feuille  ; mais ne serait-elle pas possible lorsqu’il s’agit de l’examen de l’écriture d’une note hâtivement portée sur l’étroitesse d’un carnet qui, de plus, a subi une immersion assez longue  ?
 N’est-il pas encore bien plus difficile, dans ces conditions, de donner à ces lettres une paternité certaine  ?
 Serait-il exagéré d’émettre l’hypothèse que l’écriture du télégramme, comme celle du carnet, fut truquée  ?
 N’est-on pas amené logiquement à le penser lorsque l’on se trouve en présence d’une véritable mise en scène comme celle de la valise  ?
 De cette valise qu’on retrouve — comme par hasard — dans la salle d’attente d’une gare, avec une serrure forcée, quelques taches de sang par ci par là, des papiers d’identité soigneusement collectionnés pour qu’on ne s’y trompe pas, et enfin ce carnet où rien n’est plus simple que d’ajouter quelques lignes en tenant compte de la forme des inscriptions précédentes.
 Ce carnet, fort aimablement rapporté, n’est-il pas là mis au point pour confirmer qu’à la date du 13 juin M. Quéméneur pouvait encore télégraphier à sa sœur  :
 «  Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. — Pierre.  »

DES FAUX DANS LA VALISE  (?)

 Paris, 26. — La famille Quéméneur a reconnu la valise trouvée au Havre, mais elle élève des doutes au sujet de certaines inscriptions du carnet et surtout au sujet d’un acte sous seing privé daté du 22 mai et signé Quéméneur et Seznec. Cet acte concerne la vente d’une propriété.
 La voiture Cadillac dans laquelle M. Seznec s’est rendu à Dreux va être saisie pour expertise.

M. Seznec part pour Paris

 M. Seznec, nous l’avons dit, a été entendu par les délégués de la police mobile  ; puis, dans la soirée, il était convoqué à Paris afin de fournir quelques précisions réclamées par M. Vidal, commissaire de la sûreté générale, section des recherches, chargé de l’enquête.
 L’industriel morlaisien prenait le train hier soir pour Paris.

Un avis de la Sûreté générale

 Paris, 27. — On nous prie d’insérer la note suivante  :
La personne qui a écrit, hier, à la sûreté générale, au sujet de l’affaire Quéméneur, est priée de vouloir bien se présenter à M. Vidal, commissaire de police, au contrôle des services de recherches judiciaires, 11, rue des Saussaies, à Paris, ou lui écrire pour fixer rendez-vous.
 La plus grande discrétion est assurée.

Un point à éclaircir

 Landerneau. — On sait que la famille de M. Quéméneur reçut, le 13 juin au soir, un télégramme ainsi conçu  : «  Tout va bien. Signé  : Pierre.  » et qu’à la suite de cet avis, Mlle G. Quéméneur3 adressait à son tour, à M. et Mme Seznec, courtiers à Morlaix, une carte postale avec ces mots  : «  Reçu hier, 13 au soir, un télégramme de Pierre. Tout va bien, soyez donc rassurés et croyez à mes meilleurs sentiments.  [»]
 Mais comme il existe à Landerneau, rue de la Fontaine-Blanche, une très importante maison de nouveautés et fabrique de parapluies, dirigée par M. Quéméner qu’à la suite de notre premier article concernant la disparition de M. Quéméneur, paru dans la Dépêche de dimanche dernier 24 courant, plusieurs personnes de la ville et aussi des fournisseurs de Paris, ont pensé qu’il s’agissait du propriétaire de la maison de la rue de la Fontaine-Blanche, car nous avions employé le mot «  négociant à Landerneau  » pour indiquer la qualité du disparu  ; nous pensons aujourd’hui que ce mot «  négociant  », qui a prêté à confusion, pourrait aussi servir à éclairer sérieusement un point troublant de cette affaire.
 Les télégrammes adressés Quéméner négociant à Landerneau, sont, d’après ce que nous avons appris, généralement déposés à la maison Quéméner, rue de la Fontaine-Blanche, et comme le disparu connaissait sûrement cette habitude de la poste, il prenait sans aucun doute toujours la précaution de porter comme adresse sur sa correspondance et sur ses télégrammes, les mots  : «  Quéméneur, à Ker-Abri, près Landerneau  », ou encore «  Quéméneur, marchand de bois à Landerneau  ».
 Cette remarque facile à vérifier a donc une importance très grande, si la dépêche du 13 juin a été vraiment libellée par M. Quéméneur, le mot négociant ne doit pas y figurer  ; écrite au contraire par une personne étrangère, on comprend facilement qu’on ait pu l’employer, et elle émanerait donc sans discussion possible d’une personne intéressée à rassurer pour quelques jours les inquiétudes de la famille du disparu. Comme Mlle Quéméneur doit toujours posséder le télégramme, nous apprendrons certainement avant peu si à la date du 13 M. Quéméneur, son frère, lui a bien, en personne, télégraphié de ses nouvelles.

L’enquête se poursuit dans la région de Dreux et au Havre

 Paris, 27. — L’enquête que mène la sûreté générale au sujet de la mystérieuse disparition de M. Quéméneur, se poursuit très activement. Les recherches se sont portées, au cours de la journée, en deux points  : au Havre et dans la région de Dreux.
 On sait que la valise du disparu a été trouvée à la gare du Havre. C’est là qu’on perd les traces du conseiller général  ; mais une première difficulté surgit quant à la dernière journée qu’il a passée dans le chef-lieu de la Seine-Inférieure. Est-ce le 13 ou le 14 [juin]4  ? Son carnet ne donne de renseignements que jusqu’au 13. C’est à cette dernière date que figure la mention de la dernière dépense, mais le télégramme rassurant reçu par la famille Quéméneur est du 145.
 On a émis tout d’abord des doutes sur l’authenticité de ce télégramme. Mais après examens minutieux, il semble bien qu’il a été écrit de la main de M. Quéméneur. La mauvaise qualité des plumes en usage dans les bureaux de poste avait seule motivé la suspicion première.
 M. Quéméneur était-il vivant au Havre le 13 ou le 14 au matin  ? Voici donc la première question que se posent les agents de la sûreté.
 Seconde énigme  : le carnet de dépenses du disparu, ainsi que nous l’avons annoncé, porte une inscription qui est restée indéchiffrable, et qui a trait à un voyage mystérieux qui s’ajouterait au trajet D[r]eux-Paris, Paris-Le Havre. Aucun Œdipe n’est encore parvenu à démêler le sens de cette phrase, qui commence par le mot  : Voyage.
 La famille de M. Quéméneur est arrivée à Paris pour reconnaître la valise, ainsi que les objets et papiers qu’elle renferme encore. Espérons qu’elle sera plus heureuse et qu’elle réussira à déchiffrer la phrase énigmatique.
 L’enquête, en ce qui concerne les événements qui ont eu la région de Dreux pour théâtre, présente également un vif intérêt. Rappelons que c’est à Dreux que M. Seznec, d’après ses déclarations, a vu pour la dernière fois son ami Quéméneur. Ils se rendent à Paris dans une automobile qui leur appartient à tous les deux. A Dreux, une panne les immobilise un instant. Ils repartent après réparation  ; mais sur la grand[’]route une seconde panne se produit. Les deux voyageurs reviennent à Dreux. M. Quéméneur, qui a un rendez-vous avec un mystérieux Américain, avenue du Maine, derrière la gare Mon[tp]arnasse, perd patience et prend le train. C’est le 25 mai.
 M. Seznec ne reverra plus M. Quéméneur. Le mécanicien de Dreux qui dépanna la voiture aux dires de M. Seznec a été recherché. Il donnera vraisemblablement des détails intéressants sur l’odyssée des deux automobilistes venus par la longue route vers un rendez-vous mystérieux auquel ne se présenta que l’un d’eux que l’on n’a plus revu.
 Pendant que M. Quéméneur partait ainsi sur le chemin dont il n’est pas revenu, M. Seznec essayait, a-t-il dit, de se rendre à Paris où M. Quéméneur lui avait dit, à tout hasard, qu’il le rencontrerait à la porte de Versailles le lendemain, sans plus de précision. Mais décidément la voiture à vendre n’était pas vendable, puisqu’elle eut une nouvelle panne à quelques kilomètres de Dreux. M. Seznec revint, de guerre lasse, vers Morlaix, qu’il n’atteignit finalement, après des arrêts provoqués par la mauvaise volonté de la voiture, que le 28.
 Les choses en sont là. M. Seznec, qui ne sera entendu que demain matin par la commissaire Vidal, de la sûreté générale, fournira peut-être quelque lumière supplémentaire sur l’extraordinaire randonnée de ces dernières journées de mai, au cours de laquelle il perdit un ami familier, qu’il tutoyait.

L’AFFAIRE QUÉMÉNEUR

M. Bollon ne connaissait pas M. Quéméneur

 Paris, 27. — M. Bollon, 33, avenue Sainte-Foy, à Neuilly-sur-Seine, nous a fait les déclarations suivantes  : «  Il est exact que j’ai donné une annonce à la Dépêche de Brest et de l’Ouest, ainsi qu’à un journal de Nantes, au sujet d’achat d’automobiles d’occasion. Mais je n’ai jamais été en relations d’affaires avec M. Quéméneur, dont j’ai lu dans les journaux la disparition. Je ne le connais pas.  »

___
1. Mot omis.
2. Sic.
3. Jenny Quéméner (l’initiale est erronée).
4. Source  : «  mai  ».
5. En réalité du 13.

LA DISPARITION DE M. QUÉMENEUR

La Croix, 28 juin 1923, page 5.

 L’affaire de la disparition du conseiller général Quémeneur reste toujours mystérieuse.
 Un point semble maintenant à peu près établi  : le télégramme expédié du Havre le 13 juin à Mlle Quémeneur, aurait bien été rédigé par son frère.
 Donc M. Quémeneur était alors encore vivant. Sa valise fut retrouvée le 20  : que s’est-il passé entre ces deux dates  ?
 Une autre question se pose  : alors que depuis quarante-huit heures tous les journaux consacrent de longs articles à la disparition de M. Quéméneur, pourquoi M. Sherdly, l’Américain avec lequel il était en affaires, ne s’est-il pas encore fait connaître  ?
 L’orthographe de ce nom ne serait peut-être pas très exacte, mais la consonnance permet de rectifier ce point de détail. Aussi la police recherche-t-elle le pseudo Sherdly dont le témoignage lui paraît fort intéressant.
 Par ailleurs, c’est en vain qu’on a jusqu’à ce jour cherché trace du passage à Paris de M. Pierre Quémeneur. Ce dernier n’a été vu, pas plus à l’hôtel où il avait donné rendez-vous à M. Sezenec, qu’avenue du Maine où il devait se rendre.
 Est-il bien venu Paris  ? On ne sait.
 D’autre part, à Morlaix, M. Sezenec, interrogé a déclaré  :
 «  L’affaire que nous devions traiter à Paris avec l’Américain nous semblait excellente et devait rapporter gros  ; il s’agissait de rechercher et d’acheter pour la Russie toutes les automobiles américaines demeurées en Bretagne après le départ de nos alliés. M. Quémeneur, homme politique, ne voulait pas paraître en nom dans l’affaire, c’est moi qui traitais, lui apportait les capitaux.
 Ajoutons que la Sûreté générale a prié M. Sezenec de venir d’urgence à Paris pour déposer au sujet de son voyage en auto de Rennes à Dreux avec M. Quémeneur.

LA MYSTÉRIEUSE DISPARITION DE M. QUÉMÉNEUR
DEVIENT DE PLUS EN PLUS TROUBLANTE

Le Journal, 28 juin 1923, page 3.

[DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL]

 BREST, 27 juin. — L’enquête que mènent parallèlement la Sûreté générale et le parquet de Brest sur la mystérieuse disparition de M. Quémeneur semble devoir aboutir à des résultats assez inattendus. Il serait imprudent de vouloir tirer déjà de certains faits une conclusion assez sensationnelle, mais l’affaire prend, on n’en peut douter, une tournure de plus en plus troublante.
 M. Binet, juge d’instruction, avait, comme nous l’avons dit, lancé à Paris, au Havre, à Dreux, à Rennes et à Morlaix diverses commissions rogatoires, dont les résultats ont commencé d’arriver ce soir. On a appris ainsi que Mlle Quémeneur, sœur du disparu, et M. Pouliguen, son beau-frère, avaient formellement reconnu comme ayant appartenu au conseiller général la valise et les objets trouvés en gare du Havre, mais ces deux personnes ont émis des doutes sur l’authenticité des notes et des inscriptions relevées sur le carnet que contenait également la valise. Ce détail n’est pas le seul à être d’une certaine gravité. En effet, une suspicion a été formulée quant à l’acte sous-seing privé, daté du 22 mai et trouvé en la possession de M. Sezenec, acte que MM. Quémeneur et Sezenec auraient passé entre eux au sujet de la vente d’une propriété. D’après M. Sezenec, cet acte représenterait la garantie que M. Quémeneur lui aurait remise en échange des 4,000 dollars or qu’il lui aurait donnés à Brest, avant leur départ pour Paris, comme on s’en souvient. Enfin, des instructions ont été données pour que soit saisie et mise en lieu sûr la fameuse automobile actuellement garée à Morlaix et dans laquelle MM. Quémeneur et Sezenec se rendirent à Dreux.
 On sait que, d’après les déclarations de M. Sezenec, M. Quémeneur, avant son départ pour Paris, était venu à Brest et s’était rendu à la Société Bretonne pour demander ouverture d’un crédit de 100.000 francs qui, paraît-il, lui étaient nécessaires pour conclure son affaire d’automobiles. M. Saleun a bien reçu, en effet, le 22 mai — date à laquelle l’acte sous-seing privé dont il est question plus haut, aurait été passé entre MM. Quémeneur et Sezenec — la visite du conseiller général.
 «  C’est le mardi matin que M. Quémeneur vint me trouver, m’a déclaré M. Saleun. Il voulait des fonds pour le jeudi 24 mai. Contrairement à ce que M. Sezenec affirme, nous ne les lui avons pas refusés. En effet, la demande d’ouverture de crédit de M. Quémeneur devait être soumise au conseil d’administration qui aurait décidé, le lendemain 23 mai  ; or le même 22 mai, à 1  h.  30 de l’après-midi, M. Quémeneur vint à nouveau me trouver à la banque pour m’informer qu’il n’avait plus besoin de ce crédit. Il me déclara qu’il avait téléphoné à un parent qui lui avancerait les fonds.  »
 Il s’agit là de M. Pouliguen, son beau-frère, qui expédia à Paris le chèque de 60.000 francs.
 «  Néanmoins, reprend M. Saleun, nous continuâmes notre conversation  ; le sujet en était la mirifique affaire d’autos. Je dois vous dire que M. Quémeneur, bon garçon au demeurant, était assez naïf en affaires, et plusieurs fois j’avais eu l’occasion de le tirer des griffes de certains aigrefins qui visaient sa bourse. En apprenant donc qu’il s’agissait de drainer les autos américaines de la région pour les revendre à Paris à un intermédiaire chargé de les acheter pour le compte des soviets, je tentai de détourner M. Qué[m]eneur1.
 Il s’agissait donc bien d’acheter un lot d’autos, réunies sans doute par ce Charly avant de les revendre par l’intermédiaire de cet individu aux soviets, avec le gros bénéfice que l’on avait fait miroiter à mon ami pour l’attirer dans le guet-apens avec la certitude qu’il aurait sur lui une importante somme d’argent. Pourtant, devant la confiance si complète de M. Quemeneur il me semble — contrairement encore à ce qu’affirme M. Sezenec — que mon ami devait être en relations suivies avec l’introuvable Charly. De plus sur une question de moi, j’appris qu’il avait découvert cette affaire par une annonce parue dans les journaux.  »
 J’ouvre ici une parenthèse pour dire que dans les journaux locaux où j’ai fait des recherches, j’ai découvert l’annonce suivante dans le numéro du 30 novembre 1922 de la Dépêche de Brest.
Automobiles. — Suis acheteur comptant toutes voitures et chassis Cadillac et camions U.S.A. provenant des stocks dans n’importe quel état. Ecrire détails Bollon, avenue Sainte-Foy, Neuilly, Seine.
 Cette annonce semblerait être celle qui attira l’attention de M. Quemeneur en raison de ce fait qu’elle demandait des autos quel que soit leur état.
 Enfin M. Saleun termina notre entretien en notant que la plus grande partie des déclarations de M. Sezenec, notamment celles qui concernent l’étrange voyage interrompu à Dreux et la remise des 4.000 dollars par lui paraissent extrêmement étranges  : M. Quemeneur ne lui parla jamais de cet argent. — HENRY BARBY.

L’enquête à Paris

 L’enquête que conduit M. le commissaire Vidal, de la Sûreté générale, s’est poursuivie toute la journée d’hier, à Paris. Aujourd’hui sera entendu, à titre de témoin, M. Sezenec, le négociant de Morlaix. Il sera confronté avec M. Pouliguen, beau-frère du disparu.
 D’autre part, la Sûreté générale fait savoir que la personne qui, avant-hier, écrivit il cette administration au sujet de l’affaire Quemeneur, est priée de vouloir bien se présenter à M. Vidal, commissaire de police au contrôle des services des recherches judiciaires, 11, rue des Saussaies, à Paris, ou de lui écrire pour fixer un rendez-vous  ; la plus grande discrétion sera observée.

Chez M. Bollon

 Nous avons pu voir, hier, M. Bollon, garagiste, domicilié 33, avenue Sainte-Foy, à Neuilly, qui fit paraître dans la Dépêche de Brest l’annonce dont il est question plus haut.
 «  Je n’ai jamais eu de relation, commerciale ou autre, nous dit-il, ni avec M. Quémeneur ni avec M. Sezenec. Les rares personnes touchées par mon avis, dans la région du Finistère, n’habitent d’ailleurs pas Landerneau et Morlaix.  »

Quel est ce noyé  ?

 LE HAVRE, 27 juin. — A 5 heures du matin, le 14 juin dernier, un pêcheur d’Octeville, près du Havre, découvrait le cadavre d’un baigneur. Aucune disparition n’ayant été signalée dans les environs, on l’inhuma au cimetière communal et l’affaire fut classée. Or, hier, en compulsant des dossiers, on constata que la découverte correspondait à un jour près à la disparition de M. Quémeneur et que le signalement du noyé était sensiblement le même que celui du disparu. On se demanda si le 13 juin, M. Quémeneur, se baignant au Havre, ne s’y serait pas noyé et si son corps n’aurait pas été transporté par le courant à Octeville, comme il arrive fréquemment. Toutefois — et c’est aussi l’avis de la Sûreté générale — on croit ne se trouver qu’en présente d’une coïncidence.

___
1. Source  : «  Quémemeneur  ».

AUTRES ARTICLES

La Croix (supra)
La Dépêche de Brest (supra)
Excelsior, page 3.
Le Figaro, page 2.
Le Gaulois, pages 2 et 3.
L’Homme Libre, page 2.
L’Humanité, page 2.
L’Intransigeant, page 3.
Le Journal (supra)
Journal des Débats, page 4.
La Lanterne, page 2.
Le Matin, pages 1 et 3.
L’Ouest-Éclair, pages 1 à 4.
Le Petit Journal, pages 1 et 3.
Le Petit Parisien, page 3.
Le Populaire, page 2.
La Presse, page 1.
Le Radical, page 2.
Le Rappel, page 2.
Le Temps, page 4.