Dimanche 21 juin 2020

LES PORTRAITS DE PIERRE QUÉMÉNER

 Il est probable que Pierre Quéméner ait été régulièrement photographié tout au long de sa vie, mais sa famille a été discrète et très peu d’images de lui nous sont parvenues.
 Il y a, tout d’abord, une photographie, dont je ne donne ici qu’un détail, prise vers 1916 devant le Café Parisien de Landerneau (l’emplacement est certifié en comparant l’image complète, visible dans le livre de Bernez Rouz, avec des photographies de ce café à cette époque). On nous dit que Jean Pouliquen, alors clerc de notaire à Sizun, est assis à gauche, et que Pierre Quéméner, négociant en bois à Saint-Sauveur, est debout à droite. Je me demande un peu ce qu’ils font là, trois ans avant l’acquisition de Ker-Abri, alors qu’ils sont tous les deux mobilisés dans l’armée.

Jean Pouliquen et Pierre Quéméner vers 1916

 Ce qui se dégage de ces deux hommes correspond assez bien à la personnalité de Pouliquen et Quéméner, tels que je les imagine, mais je ne reconnais pas tellement leurs traits. L’homme à droite a la bonhomie de Jean Yanne, qui joue le personnage de Quéméner dans le film d’Yves Boisset. Les cheveux sont drus. Il est vêtu de noir. Son col n’est pas très visible, mais je le devine rond. Celui de Pouliquen est très droit, strict.
 Ensuite, nous avons le portrait indiscutable, celui qui a été publié dans la presse à partir du 26 juin 1923, dans l’espoir de susciter des témoignages sur le disparu. Le costume est clair, le col est rond, le crâne est largement dégarni, les sourcils sont invisibles, le regard est plein d’assurance et les bords de la moustache sont relevés, pour un peu de fantaisie.

Pierre Quéméner

 Puis nous avons cette photographie, fournie par maître Denis Langlois, dans laquelle je ne reconnais pas du tout Quéméner. Si l’on me demandait de deviner quel personnage de l’affaire Seznec elle représente, je dirais qu’il s’agit probablement de Jean Pouliquen, essayant d’éviter les photographes durant le procès de Quimper. Col cassé, joues creusées, sourcils fins et noirs, regard méfiant, visage fermé. Aucune sympathie ne se dégage. Ce n’est pas le Quéméner jovial, bavard, naïf et très ouvert dont nous avons entendu parler.

Pierre Quéméner ?

 Voici Jean Pouliquen arrivant à la Sûreté générale le 28 juin 1923. Col cassé, joues creusées, sourcils fins et noirs, regard méfiant, visage fermé. Le lorgnon et le chapeau melon en plus.

Jean Pouliquen

 Il est dit qu’il n’existe que trois photographies de Pierre Quéméner, mais je vous en donne tout de même une quatrième, parue dans L’Ouest-Éclair du 19 octobre 1924. Costume sombre, col rond, crâne dégarni, sourcils invisibles, bonhomie, regard droit derrière le lorgnon.

Pierre Quéméner

 Enfin, Skeptikos a prétendu récemment dans un article amusant que la photographie ci-dessous représentait Guillaume Seznec et Pierre Quéméner partant de Rennes aux premières heures du jour le 25 mai 1923.

Cadillac miniature

 C’était bien essayé, mais je ne me suis pas laissé berner, car j’ai immédiatement reconnu Denis et Bernard Le Her refaisant le parcours entre Rennes et La Queue-lez-Yvelines le 25 mai 1949 à bord d’une Cadillac adaptée à leur taille, afin d’essayer de comprendre comment leur grand-père avait pu confondre les gares de Dreux et de Houdan.

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8 commentaires:

S a dit…

Cher Marc,

Effectivement, sur les photographies 2 et 3 (sans compter celle du café), la personne a un col cassé et une cravate très fine, sur les photographies 1 et 4 elle a un col fermé et une cravate plus large...

Et surtout, comme vous le notez, les moustaches de 2 et 3 sont identiques, celles de 1 et 4 le sont entre elles...
Les images 1 et 4 présentent à peu près la même calvitie, la 2 absolument pas...

Marc du Ryez a dit…

Bonsoir, chère S. En effet, les cravates sont d'un goût très différent et les cols aussi. Ils reflètent une certaine personnalité, je pense. Quant à la calvitie, oui, sur le photographies 1 et 4, il ne reste plus que quelques brins sur le sommet du crâne, à la Dupond-Dupont, tandis que sur la 2, cette partie-là semble bien remplie, même si les cheveux sont très plats. Mais j'ignore l'origine de ces photographies, donc je n'ai fait qu'exprimer mes impressions. Pour l'instant, je ne considère comme certaines que les photographies 1 et 4, mes doutes étant trop importants sur la 2, ainsi que (dans une moindre mesure) sur celle du café.

Au cas où vous ne les auriez pas vues, je vous signale les réponses à certaines de vos questions que j'ai ajoutées ces dernières 24 heures sous mes billets des 12 et 17 juin.

Anonyme a dit…

Bonjour,
Il me semble que la photo de Pouliquen a été prise fin juin 1923 quand le notaire s'est rendu à Paris au tout début de l'affaire.

Marc du Ryez a dit…

Bonsoir,

Oui, vous avez sûrement raison. Je m'étais fié à une légende trouvée quelque part, mais j'avais des doutes, car je pensais avoir vu la photographie complète associée à l'arrivée de Jean Pouliquen et de Jenny Quéméner à la Sûreté générale, probablement le 28 juin 1923. Jenny (dite Jeannie, en fait) est derrière Pouliquen, à peine sortie de la voiture, et se cache le visage, comme sur toutes les photographies de ces jours-là. Ce n'est qu'au procès qu'elle s'est montrée avec le visage découvert.

Marc du Ryez a dit…

Ce "quelque part", c'était "Nous, les Seznec", édition 2009. "I should have known better", comme on dit en anglais. Je ferai une rectification plus tard.

Marc du Ryez a dit…

J'ai enfin pu vérifier (j'étais en déplacement) et vous aviez raison, cher ou chère anonyme : la photographie de Jean Pouliquen correspond à celle qui a été publiée dans "Le Petit Parisien" du 29 juin 1923. J'ai modifié ma phrase en conséquence.

C.J a dit…

À mon avis la photo 4 est un portrait fait à partir de la photo 1. Mais c'est intéressant d'avoir un portrait de Quéméneur portant lorgon et en costume d'homme arrivé.
Le portrait de Seznec est également à son avantage. Quant aux légendes elles en disent long sur le point de vue du leader d'opinion qu'est un journal : dès ce 19 Octobre 1924. Il y a "M.Quemeneur" et il y a "Seznec".

Marc du Ryez a dit…

Bonjour, madame Jourdan. Je pense, quant à moi, que la photographie 1 n'a aucun rapport avec la 4, dont l'authenticité me semble indiscutable. Tout est différent dans la 4 : le costume, le col, la cravate, la position du crâne, le regard, les cheveux, le lorgnon, etc. La veste du costume trois-pièces sombre est ouverte sur la 4, alors que la veste claire est fermée sur la 1. Les retouches étaient courantes, mais là il s'agirait d'une recréation totale, impossible à mes yeux.

Je pense que la photographie 1 a été prise quelques années avant la 4, qui représenterait donc mieux l'apparence de Quéméner le jour de la disparation. La 1 était sûrement le portrait de l'homme politique ambitieux. La 4 est plus naturelle et décontractée.

Je considère que les deux autres photographies ne représentent pas Quéméner, jusqu'à preuve du contraire.

Je suis d'accord, par contre, sur la différence faite entre "M. Quéméneur" et "Seznec" dans les journaux. Seznec avait perdu la considération des journalistes dès fin juin 1923 et n'était pour la plupart d'entre eux qu'un vulgaire criminel doublé d'un menteur à répétition.