Affichage des articles dont le libellé est 1923-09. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1923-09. Afficher tous les articles

Mardi 4 septembre 1923

3 septembre 1923 | 5 décembre 1923
PRESSE  : L'Ouest-Éclair

 

 L'Ouest-Éclair, 4 septembre 1923, page 2.

L'HISTOIRE DE LA CHAUDIÈRE DE L'USINE SEZNEC

Les explications d'un ancien ouvrier de la scierie

 MORLAIX, 3 septembre. — (De notre envoyé spécial). — Les déclarations de M. Paul Baron, ancien ouvrier de Seznec, semblent devoir encourager aux confidences.
 Nous avons exposé hier ce qu'en pensaient Mme Seznec et son chauffeur M. Samson.
 Et voici qu'un autre ouvrier ayant travaillé chez Seznec, M. Pierre Lucas, nous fournit aujourd'hui son témoignage. Il tient tout d'abord à nous affirmer qu'il n'a pas à se plaindre de Seznec, qu'il ne lui veut ni du bien ni du mal. Il ne discute pas les faits dont son ancien patron est accusé. Il n'a que le souci de la vérité, mais il éprouve le besoin de rectifier certaines déclarations.
 M. Pierre Lucas, ouvrier mécanicien, demeurant à la Belle-Vue de la Madeleine, en Morlaix, a travaillé à plusieurs reprises chez Seznec, à des intervalles très irréguliers, suivant les travaux à effectuer.

 Pourquoi la Cadillac n'était pas dans le garage

 Dans le courant de février, Seznec avait entrepris de monter toute son usine à l'électricité, mais les travaux exécutés par M. Caillé, électricien à Paris, furent suspendus, celui-ci ne recevant pas les acomptes prévus. Un procès s'ensuivit qui amena la liquidation judiciaire de Seznec. M. Pierre Lucas acheva une installation provisoire pour permettre à l'usine de fonctionner et notamment il monta les chaudières et les transmissions.
 Dans les derniers jours du mois de mai, M. Pierre Lucas travailla chez M. Réaux, mécanicien, rue de Brest. Le lundi 28 mai, comme M. Réaux l'a vérifié à l'aide de ses livres, il effectua un travail de forge pour la galerie d'une carosserie d'auto pour Seznec et, le travail terminé, il porta la galerie chez celui-ci, aidé d'un jeune ouvrier de M. Réaux. Ce jour-là, le chauffeur Samson était en route avec le camion et tous les ouvriers se trouvaient au bois de Pennelé. La voiture Cadillac était dans le chemin conduisant au bas de la sci[e]rie. Tous ces faits, signalés par M. Baron, ont d'ailleurs été confirmés par Mme Seznec et le chauffeur. Mais M. Pierre Lucas confirme que la voiture Cadillac n'aurait pas pu trouver place dans le garage ce jour-là, car il était absolument encombré. De plus, il avait constaté plusieurs fois que lorsque Seznec rentrait tard en auto, après le départ du chauffeur Samson, qui chaque soir fermait le garage et emportait la clef, il garait la voiture dans ce chemin, d'où elle n'était pas visible de la route. C'était une bonne précaution pour éviter de tenter les voleurs. M. Lucas se souvient en effet qu'une magnéto avait été volée sur un tracteur Renault qu'il avait laissé momentanément sur le terre-plein bordant la route près du garage.
 Il a la certitude absolue que la Cadillac n'a été démontée au garage que le lendemain, 29 mai, d'accord en cela avec le chauffeur et Mme Seznec, et avant de la rentrer, Seznec et lui se sont rendus avec la voiture jusqu'à Pont Traon, sur la route de Brest, pour voir comment elle se comportait, car le moteur marchait mal. La voiture était très sale, comme une voiture ayant beaucoup roulé, mais elle ne présentait aucune trace suspecte. Personne ne l'a encore nettoyée depuis son retour, comme on pourrait s'en rendre compte au garage Huitric, si la voiture n'était pas recouverte d'une bâche et mise sous scellés.

 Rien d'anormal à la chaudière

 Pour ce qui est de la chaudière, s'il est vrai que Baron l'a trouvée chaude en y pénétrant suivant les instructions de Seznec, il n'y a rien d'étonnant à cela, car une chaudière comme celle-là, d'une force de 100 chevaux et solidement briquetée, peut conserver la chaleur pendant prés d'une semaine, après avoir été en service pendant plusieurs jours. Des experts pourraient faire l'expérience.
 Au sujet du palan, il est bien exact qu'on en a monté un pour soulever la machine, la fosse étant occupée, mais c'est plusieurs jours après le retour de la Cadillac et pour y effectuer une réparation.
 Enfin, sur la question des fumées, M. Lucas déclare que le foyer de la chaudière était toujours bourré de bois, de sciure, de chiffons gras qu'on allumait le soir habituellement pour que le lendemain, à la première heure, la machine fût sous pression.
 M. le juge d'instruction Campion entendra jeudi M. Paul Baron et M. Pierre Lucas et les mettra en présence de leur ancien patron.
 Samedi, il recueillera les dépositions du chef de gare et du facteur mixte de Houdan et les confrontera avec Seznec. Cette journée paraît devoir être intéressante.

Lundi 3 septembre 1923

2 septembre 1923 | 4 septembre 1923
PRESSE  : L'Ouest-Éclair

 

 L'Ouest-Éclair, 3 septembre 1923, page 2.

SEZNEC A-T-IL INCINÉRÉ LE CORPS DE SA VICTIME  ?

 MORLAIX, 2 septembre. — (De no[t]re envoyé spécial.) — Etant donné l'importance des déclarations faites hier par M. Paul Baron, qui avait travaillé chez Seznec comme affûteur de scies, nous sommes allé ce matin nous entretenir à leur sujet avec M. Raymond Samson, chauffeur de Seznec, et avec Mme Seznec.
 Les indications de M. Baron relatives à l'automobile seraient en grande partie inexactes. Quand Seznec est revenu de son voyage avec la Cadillac, il ne pouvait la mettre dans le garage qui était encombré par quatre autres voitures, un camion, une carrosserie en cours de fabrication, divers outils et des bidons. On ne pouvait non plus la laisser aux abords de la route ni sur le terre-plein du chantier, car celui-ci n'a pas de clôture du côté de la route. La voiture fut donc avancée d'une quarantaine de mètres dans le chemin qui conduit au bas de la scierie. Ce chemin descend rapidement  ; la voitur[e] n'était plus en vue de la route et il n'y avait plus de danger de vol.
 Si M. Baron n'avait jamais vu la Cadillac à cet endroit jusqu'alors, c'est qu'auparavant cette voiture était à Landerneau.
 Il est faux que la Cadillac ait été remontée le lundi 28 mai, car ce jour-là M. Samson s'en est servi. Ce n'est que le lendemain, 29 mai, que l'automobile a été remontée par Seznec et M. Samson, celui-ci ayant dit au préalable à son patron qu'il n'avait pas à s'en servir ce jour-là. Pour la faire entrer au garage, on dut faire sortir deux autres automobiles qui s'y trouvaient et on les conduisit dans le bas de la scierie, sous un petit hangar qui était près du moulin à eau et où ces voitures se trouvent encore, comme nous les y avons remarquées nous-mêmes à plusieurs reprises. Le moteur de la Cadillac cognait un peu lorsqu'on l'a remis en marche, mais on put néanmoins y parvenir. La voiture était sale et M. Samson proposa à Seznec de la nettoyer  ; celui-ci répondit que c'était inutile parce qu'or devait changer la carrosserie. En tout cas, M. Baron n'aida pas à rentrer la voiture.
 Ce n'est que quelques jours après qu'on installa un palan pour démonter une bielle dont le coussinet était fendu. Le travail dura une huitaine de jours, il n'était pas encore terminé lorsque la police vint prendre cette pièce pour conduire la voiture au garage Huitric. Le palan ne fut donc pas installé le 28 mai et lorsqu'il le fut, M. Baron ne prêta pas son concours.
 Pour ce qui est de la chaudière, M. Samson n'a jamais vu Seznec vider les cendres. C'était M. Samson qui s'occupait de la chaudière, il ne peut dire quel jour elle fut allumée pour la dernière fois, car son calepin, sur lequel il inscrivait tout ce qui avait trait à sa machine, a été saisi par M. le commissaire Cunat. Il nous fait observer qu'une masse comme celle de la chaudière, reste chaude assez longtemps  ; vingt-quatre heures après que le feu est éteint, il y a encore 5 kilos de pression.
 Jamais M. Baron ne s'est occupé d'enlever les cendres, opération à laquelle on procédait périodiquement. La police a vidé elle-même les cendres et a passé les cendres au tamis. M. Samson ne pense pas que la chaudière ait pu être allumée par quelqu'un d'autre que lui, car il s'en serait aperçu.

 Ce que dit Mme Seznec

 Voici maintenant les observations de Mme Seznec  :
 Les allégations de M. Baron, relatives aux ordres transmis par Angèle Labigou sont exactes. Ce jour-là, M. Baron était occupé à réparer des chaînes, il n'avait rien à affûter  ; c'est pourquoi on lui avait demandé d'aller donner la main au personnel qui travaillait au bois de Pennelé. Il refusa d'y aller, on n'insista pas. Mme Seznec confirme les déclarations de son chauffeur, en disant que l'on n'a remonté la voiture que le mardi 29 et non la veille. Elle resta toute la journée du lundi sous ses yeux en plein air, ce qui prouve qu'on n'avait rien à cacher.
 Pour ce qui est de la chaudière, Mme Seznec ne croit absolument pas aux allégations de M. Baron, d'après lequel la chaudière aurait été nettoyée pur Seznec et nettoyée à nouveau par M. Baron. Celui-ci ne s'est occupé qu'un[e] seule fois de la chaudière en l'absence de M. Samson  ; il travailla pendant deux heures au chauffage de la machine et c'est tout. M. Samson nous a confirmé ce détail.
 Mme Seznec nous déclare que, bon ouvrier, M. Baron n'était pas un méchant homme. Elle ne comprend pas pourquoi il a raconté cette histoire ou plutôt ce ne peut être que la fille de M. Baron qui l'aura répandue dans l'usine où elle travaille.

 Ce que dit un expert

 PARIS, 2 septembre. — On se souvient qu'à propos de l'affaire Landru, des experiences furent faites à l'effet de savoir si un corps humain pouvait être réduit totalement en cendres dans un foyer sans laisser de traces.
 Un de nos confrères de la presse a vu ce matin M. Duchemont, un des experts fumistes qui furent chargés par la justice d'éclaircir ce point important de l'enquête et lui a demandé si Seznec aurait pu, dans la petite chaufferie de sa scierie, réduire à rien le cadavre de M. Quemeneur. Fort des constatations précédentes, M. Duchemont a répondu  :
 Il a été prouvé d'une façon catégorique, lors de l'instruction de l'affaire Landru, qu'un criminel pouvait détruire en totalité le corps de sa victime dans le foyer d'une cuisinière moyenne. Huit heures de feu continu suffisent à réduire en cendres un cadavre de dimensions ordinaires. Ces cendres qui peuvent dissimuler des restes d'os calcinés, sont facilement triables et les déchets récalcitrants, soumis à une autre «  cuisson  », se résolvent cette fois en poussières.
 «  En résumé, une demi-journée de travail suffit pour faire disparaître la plus petite trace d'un corps.
 «  Dans une chaufferie dont le foyer est plus ardent et plus large, l'anéantissement est encore plus aisé  ; c'est l'affaire d'une soirée. Seznec a pu activer la destruction du corps en l'imbibant d'essence. La chaudière forme four crématoire, c'est le procédé le plus sûr de destruction et le plus rapide  ; il permet d'opérer sans complice.  »

Dimanche 2 septembre 1923

1er septembre 1923 | 3 septembre 1923
PRESSE  : L'Ouest-Éclair

 

 L'Ouest-Éclair, 2 septembre 1923, page 2.

UNE ÉTRANGE RÉVÉLATION
D'UN ANCIEN OUVRIER DE SEZNEC

Pourquoi Seznec avait-il garé son auto
auprès de la chaufferie en revenant de Dreux  ?

Comment expliquer que la chaudière qui n'avait
pas été allumée par les ouvriers était chaude  ?

 MORLAIX, 1er septembre. — (De notre envoyé spécial). — Ayant appris ce matin qu'un ancien ouvrier de Seznec serait disposé à des révélations, nous sommes allé l'écouter incontinent. Il s'agit de M. Paul Baron, qui était depuis un an affûteur de scies chez Seznec lorsque les événements obligèrent celui-ci à licencier son personnel. M. Baron nous fait l'exposé suivant  :
 Le lundi 28 mai au matin, en reprenant leur travail, quelques ouvriers et lui-même ont vu l'automobile de leur patron, qu'ils savaient en voyage depuis quelques jours, garée au bas du chantier de la chaufferie, à un endroit où on ne la plaçait jamais d'habitude. Peu après, Angèle Labigou, la domestique, vint donner aux ouvriers les instructions de Seznec. Ils devaient TOUS se rendre au bois de Pennelé, en Saint-Martin-des-Champs, pour y travailler à une coupe de bois. M. Baron lui répondit que son métier n'était pas de remuer du bois et qu'il n'irait pas. Il resta donc au chantier. Angèle lui dit alors que le patron était couché et qu'il ne le verrait sans doute pas. Il était rentré fatigué, n'ayant pas dormi depuis deux jours.
 Dans l'après-midi, Seznec s'étant levé, vint au chantier, se rendit immédiatement près de la voiture, la fit remonter sur le terre-plein et la mit au garage. Dans ce dernier local, M. Baron aida à installer un palan pour soulever l'automobile. Seznec, avec l'aide de son chauffeur, se mit à démonter toute la voiture, capote comprise et à la nettoyer.
 Deux ou trois jours après, il ne se souvient pas exactement, Seznec dit à M. Baron qu'il faudrait vider la chaudière de la chaufferie et, tandis que l'ouvrier terminait le travail qu'il avait en mains, Seznec se mit à faire lui-même la besogne en manches de chemise. M. Baron le vit emporter les cendres avec sa brouette. Ensuite Seznec vint lui dire qu'il fallait entrer dans la chaudière pour la nettoyer à fond et la vider complètement.
 M. Baron, en y entrant, fut surpris de la trouver chaude, étant donné qu'elle n'avait pas été allumée depuis le départ de Seznec, une huitaine de jours auparavant. Il fut obligé d'ouvrir le volet d'aération pour ne pas étouffer.
 Rapprochons simplement ce récit des fumées qui auraient été vues peu après le retour de Seznec. M. Campion s'est entretenu avec M. le commissaire François au sujet de ce nouveau témoignage.

 Mme Seznec est interrogée

 Mme Seznec fut informée ce matin que M. le Juge d'Instruction Campion désirait la questionner à nouveau dans la matinée même, avant le nouvel interrogatoire de son mari, prévu pour cet après-midi. Bien que légèrement souffrante, Mme Seznec se rendit aussitôt au Palais, vers 10 heures, accompagnée de sa fille cadette.
 Le magistrat instructeur lui demanda de nouvelles précisions au sujet des dollars pour les rapprocher des renseignements que lui avait fournis hier à ce sujet la domestique Angèle Labigou.
 Mme Seznec a confirmé les indications relatives à la boîte des dollars, mais celle-ci pesait au moins 5 kilos. Remarquons que s'il y avait bien une somme de 65.000 francs en dollars, au cours actuel, la boîte devait être d'environ 6  k.  500.
  Le magistrat instructeur a mis sous les yeux de Mme Seznec la longue lettre de son mari, saisie dans le coulisseau du sac à linge et M. Jézéquel, greffier, en a fait la lecture intégrale. M. Campion en a alors exposé toute la gravité à Mme Seznec, ajoutant  : «  Votre mari qui doit bien connaître votre caractère, a-t-il pu croire que vous vous seriez prêtée à de telles manœuvres  ?  »
 «  Jamais je n'y aurais consenti, a répliqué Mme Seznec, avec un accent de sincérité. Mon mari s'est trompé sur ce point parce que tous ces événements ont dû lui troubler l'esprit. Autrement, il n'aurait jamais eu une telle idée.  »
 M. le Juge d'Instruction lui a demandé si avant cette dernière lettre interceptée, elle n'en aurait pas reçu une ou plusieurs autres par ce même stratagème ou par tout autre moyen irrégulier  : elle a affirmé que non.
 Le parquet aurait-il laissé passer volontairement une correspondance frauduleuse reconnue anodine  ? Nous n'avons pas pu pénétrer ce secret.
 Enfin, le magistrat Instructeur a fait savoir à Mme Seznec qu'elle ne pourrait plus voir son mari qui est maintenant en cellule.
 Mme Seznec, que nous voyons à sa sortie du Palais, vers midi, est encore toute émue de cette dernière nouvelle  : «  Guillaume qui est d'une frêle constitution, nous dit-elle, pourrait bien ne pas résister à un pareil régime. Sans parler d'une fièvre typhoïde l'an dernier, il a eu une congestion pulmonaire voici quatre ans et son médecin déclara à ce moment qu il devait prendre de grands ménagements. Or, il couche maintenant sur une paillasse, sans draps, avec une couverture, et il est exposé à l'humidité et aux courants d'air.  »

 Me Pouliquen et Mlle Quemeneur sont confrontés avec Seznec

 Les dépositions de Me Pouliquen et de Mlle Quemeneur reportées à cet après-midi n'ont présenté que peu d'intérêt, de même que les confrontations avec Seznec.
 Me Pouliquen, notaire à Pont-l'Abbé, beau-frère du disparu, et Mlle Quemeneur, sœur de celui-ci, expriment au juge d'instruction leur étonnement que leur parent, ait sollicité, sans les prévenir ni les mettre au courant un emprunt de 150.000 francs à la Banque Bretonne de Brest pour réaliser l'affaire d'automobiles américaines.
 Cependant, ce fait est certain puisqu'il est reconnu par M. Salaün, directeur de la Banque, qui n'accorda pas les fonds, n'ayant pas eu confiance en l'affaire. Me Pouliquen pense que son beau-frère songea à ce moment-là à lui demander les 60.000 francs. En arrivant à Rennes, par la train de midi, le 24 mai, M. Quemeneur aurait mis son projet à exécution en lui demandant la somme par télégramme, mais sans lui indiquer où il fallait l'envoyer. Sur ces entrefaites, Seznec serait arrivé à Rennes, en automobile, dans le courant de l'après-midi du même jour et aurait influencé M. Quemeneur qui téléphona alors à son beau-frère pour le prier d'adresser un chèque de 60.000  frs. au bureau de poste du boulevard Malesherbes.
 Seznec, confronté a maintenu ses déclarations antérieures et a soutenu qu'il n'avait nullement conseillé M. Quemeneur en quoi que ce soit et que ce dernier avait pris l'initiative de la demande d'envoi du chèque au bureau du poste du boulevard Malesherbes  ; et même, qu'il avait déjà téléphoné à son beau-frère à ce sujet lorsqu'il est arrivé à Rennes.
 Une foule très dense se pressait aux abords du Tribunal à la sortie du prisonnier qui était entre le maréchal-des-logis Leguen et le gendarme Calvez.
 Ce matin, avant de se rendre au Palais de Justice, Mme Seznec avait reçu la visite de Me Vérant, notaire et Me Belz, avoué liquidateur, au sujet de ses intérêts.
 Me Belz nous a déclaré que, dans le courant de ce mois, deux réunions des créanciers auront lieu à quelques jours d'intervalle. Il reste probable que la situation financière de Seznec se soldera par un actif appréciable.

 Fausse alerte dans la région de Houdan

 PARIS, 1er septembre. — M. Vidal a été appelé inopinément à partir pour la région de Houdan, afin d'effectuer certaines vérifications à un endroit où la terre avait été fraîchement remuée et d'où se dégageait une odeur cadavérique. Les recherches n'ont donné aucun résultat  ; les émanations provenaient tout simplement de champignons.

Samedi 1er septembre 1923

11 juillet 1923 | 2 septembre 1923
PRESSE  : L'Ouest-Éclair

 

 L'Ouest-Éclair, 1er septembre 1923, page 2.

APRÈS LA TENTATIVE D'ÉVASION DE SEZNEC

Monsieur Campion poursuit l'audition des témoins

 MORLAIX, 31 août. — (De notre envoyé spécial). — Me Le Hire, avocat de Seznec, avisé par télégramme de la tentative d'évasion de son client, est rentré à Morlaix dès hier soir et s'est aussitôt mis en rapport avec le Parquet. M. Campion, juge d'instruction et Me Le Hire se sont rendus ce matin à la prison de Creach-Joly. L'inculpé qui était abattu, s'est senti réconforté par la présence de son défenseur. Comme le magistrat instructeur le pressait de questions et le poussait dans la voie des aveux il a eu un sursaut d'énergie, en déclarant d'une voix forte  : «  Vous voulez me faire parler, mais je ne dirai rien, car je n'ai rien à dire.  »
 Seznec a seulement fourni des explications sur ses préparatifs de fuite. Comme nous l'avons dit, il aurait escaladé le mur de la prison du côté de la cour  ; il serait monté sur le mur en établissant un échafaudage avec des tables et des étagères, qui se trouvaient dans la salle de travail des détenus et serait descendu sur la rue, en se servant des draps de lit roulés en corde. Il n'a rien voulu dire de ses intentions une fois dehors. Peut-être n'était-il pas lui-même exactement fixé s'il n'avait pas en vue une besogne très précise à Traon-ar-Velin.
 L'inculpé qui, auparavant, se trouvait dans une chambre de prévenu, la plus confortable de l'établissement, est maintenant dans une cellule. Il n'a plus l'usage de ses vêtements, mais il a revêtu la bure et le pantalon de treillis sans bretelles comme tous les détenus, ce qui rend plus difficile toute tentative d'évasion.
 Me Le Hire lui a fait remarquer combien il avait aggravé son cas en commettant cette nouvelle maladresse. Il s'est exprimé de même auprès de Mme Sez[ne]c, qu'il est allé voir sans retard.
 Nous sommes allé dans la matinée recueillir les impressions de Mme Seznec. Connaissant le caractère de son mari, elle s'attendait, dit-elle, surtout depuis une quinzaine de jours, à une tentative d'évasion. Son mari, nerveux, impulsif, ne pouvant rester inactif, doit actuellement trépigner d'impatience. Il n'avait rien à cacher, ni à chercher à Traon-ar-Velin. S'il voulait s'échapper, ce devait être uniquement pour s'enfuir loin, très loin, avec l'automobile, afin de ne pas se laisser condamner injustement puisque une fatalité inexorable semble vouloir l'accabler.
 Telle est la substance des déclarations de Mme Seznec.

 Le chauffeur et la domestique de Seznec à l'instruction

 Cet après-midi, le magistrat instructeur a entendu successivement le chauffeur de Seznec, Raymond Samson, âgé de 38 ans, et la domestique, Angèle Labigou. M. Campion s'attache toujours à la date du 20 juin, bien que la présence de Seznec au Havre soit presque aussi bien prouvée maintenant pour la journée du 20 juin que pour celle du 13 juin.
 M. Samson ne se souvient de rien pour le 20 juin, car son patron s'absentait souvent. Mais Angèle Labigou affirme que Seznec était à son domicile ce jour-là, du moins dans l'après-midi, car dans la matinée, M. Lesteven était venu le voir sans le trouver. Elle se souvient que son maître est rentré ce jour-là à midi pour le repas.
 M. le juge d'instruction a questionné le chauffeur sur sa tentative de communication avec Seznec lorsqu'il a tenu d'une manière bien insolite à accompagner le garçon livreur d'une maison de confections qui apportait un costume à Seznec. M. Samson confirme qu'il était chargé par Mme Seznec de demander des instructions à son mari au sujet des pistons neufs à commander pour le camion qui devait être mis promptement en état.
 Le garçon livreur de cette maison d'habillement a été également entendu accessoirement par M. Campion.
 Angèle Labigou affirme n'avoir pas lavé ni nettoyé de vêtements au retour de Seznec le 27 mai. Elles les a seulement brossés et n'a remarqué aucun[e] tache. Quant au pantalon de toile bleue qui avait été remarqué dans l'automobile parmi les accessoires au cours des premières perquisitions et qu'on trouva ensuite derrière un casier à lapins, elle déclare n'avoir pas eu l'intention de le dissimuler.

 La boîte aux dollars

 Angèle Labigou a bien vu les dollars en octobre ou novembre et les a soupesés. Il y en avait bien plus d'un kilo, peut-être même deux kilos. Ils étaient dans une boîte en carton de couleur verte, de 40 à 45 centimètres de longueur, de 15 centimètres de largeur environ et de 10 centimètres de hauteur. La boîte n'était pas entièrement remplie  ; cette boîte n'aurait donc pas pu être mise dans la poche d'un pardessus comme il avait été raconté. Mais, il est possible que ce ne soit pas dans cette boîte qu'aient été placés les dollars lorsque Seznec partit en automobile pour Brest avec M. Quemeneur le 22 mai, en vue de l'établissement de l'acte de vente de la propriété de Traon-nez-en-Plourivo.
 Rappelons que d'après Seznec les dollars étaient ce jour-là dans une boîte en carton, de couleur imitant le cuir avec un petit fermoir en métal et une lanière en cuir et les dollars la remplissaient exactement. Elle devait donc être plus petite et de nature à entrer dans la poche d'un pardessus à supposer qu'elle ait existé, ainsi que son contenu. Angèle Labigou a entendu parler des dollars pour la dernière fois au début de mai lorsque Mme Seznec lui dit que son mari allait en employer quelques-uns à des achats à l'occasion de la première communion d'une de leurs filles, ainsi que nous l'avons relaté.
 Demain matin, M. Campion entendra à nouveau Me Pouliquen, notaire à Pont-Labbé, beau-frère du disparu et Mlle Quemeneur, sœur de celui-ci, et il les confrontera dans l'après-midi avec Seznec.