Jeudi 2 juillet 2020

Les fausses vérités de l’affaire Seznec, 1.

LA MISE À SAC DU BUREAU DE PIERRE QUÉMÉNER

 Ce que j’appelle les fausses vérités de l’affaire Seznec, ce sont ces interprétations — voire ces inventions — que l’on considère généralement comme des faits établis et dont on se sert parfois pour échafauder des théories, alors qu’elles ne sont au mieux que des hypothèses, qui devraient toujours être présentées comme telles, et au pire des erreurs graves, des mensonges éhontés ou des propos diffamants.
 L’une de ces fausses vérités est l’affirmation suivante  : Jean Pouliquen et Louis Quéméner ont mis à sac le bureau de Pierre Quéméner dans sa villa Ker-Abri à Landerneau juste avant la perquisition du 29 juin 1923.
 Cette assertion a été établie, semble-t-il, par le roman L’Affaire Seznec (1988) de Denis Langlois. Je dis «  roman  » car, si le premier ouvrage de maître Langlois sur cette affaire s’appuie sur une étude approfondie du dossier et d’importantes recherches, il utilise une technique narrative romanesque interdite à l’historien, ne cite généralement pas ses sources et contient de nombreuses erreurs. Il est donc important de ne s’en servir comme référence qu’avec prudence. Cela n’enlève rien à l’immense respect que j’ai pour le talent, la posture et les combats de son auteur.
 Dans ce livre, Denis Langlois nous raconte (pages 81 et 82)  :

 Le lendemain, 29 juin, c’est à Landerneau que tout le monde se transporta  : perquisition au domicile de Quemeneur. On ne peut pas dire que ce fut une surprise. La veille, Ouest-Éclair avait publié une dépêche en provenance de Brest  : «  L’actif juge d’instruction Binet doit se rendre demain matin à Landerneau, en vue d’opérer une perquisition à la villa Ker-Abri, domicile du conseiller général disparu.
 Vers 9 heures, quand le juge d’instruction et le procureur de la République Guilmart, flanqués d’un greffier, frappèrent à la porte, ils eurent la surprise d’être reçus non seulement par la sœur de Quemeneur, mais par son frère Louis et son beau-frère Pouliquen. Une réunion de famille.
 Ils entrèrent dans le bureau de Quemeneur, au rez-de-chaussée, et là restèrent sans voix  : des armoires grandes ouvertes, des tiroirs sortis, un coffre-fort béant, des casiers arrachés des murs, des tas de papier partout, des registres, des agendas.
 — Mais vous avez déjà fait notre travail  ! s’exclama le juge Binet.
 — Non, dit Pouliquen gêné, nous avons seulement cherché des affaires.
 — Eh bien  ! vous cherchez plutôt brutalement. C’est une vraie mise à sac  ! Je suis obligé de le noter sur le procès-verbal. Je vous avoue que je suis très surpris que vous, un notaire, vous vous soyez livré à une telle opération.
 Le commissaire Cunat arriva avec deux inspecteurs dont l’un débarquait de Paris et tout le monde commença à fouiller.
 Dans le coffre, pas la moindre somme d’argent ni en francs ni en dollars. Aucune pièce, aucun billet.
 — Bizarre  ! dit le juge en se tournant vers Pouliquen. M. Quemeneur n’avait donc pas le moindre centime devant lui  !

 Suit une description des très nombreux documents trouvés par le juge, dont les reconnaissances de dettes de Jean Pouliquen pour un total de 160.000 francs.
 Le téléfilm d’Yves Boisset L’Affaire Seznec (1993), inspiré du livre de Denis Langlois, ira plus loin en montrant le juge surprenant la famille de Pierre Quéméner avec des documents en main dans le bureau du disparu.
 Quant à Denis Seznec, dans sa prétendue contre-enquête Nous, les Seznec (1992), ne faisant habituellement aucune discrimination dans ses sources entre les délires du juge Hervé et les pièces du dossier, il paraphrase le texte de Denis Langlois et, faisant du roman à partir du roman, nous fournit, pour le plaisir d’égratigner le notaire de Pont-l’Abbé, un petit passage de son cru (page 142 de l’édition de 2009)  :

 Me Pouliquen, qui apparemment a pris en main les affaires de la famille à la place de Jenny et de Louis Quemeneur, admet tranquillement que le responsable de tout ce désordre... c’est lui  :
 — J’ai voulu ranger un peu les papiers de mon beau-frère, tout simplement.

 J’ai cherché en vain l’enregistrement de ces dialogues dans la presse. Ce que j’ai compris de la lecture des articles, c’est qu’aucun journaliste, bien évidemment, n’a été admis dans la villa au moment de la perquisition. Par contre, les journaux ont visiblement eu accès au procès-verbal de transport sur les lieux, dont ils rapportent de nombreux éléments.
 J’ai reproduit l’intégralité de ce procès-verbal sur ma page du 29 juin 1923. Je ne citerai ici que les passages relatifs au sujet de ce billet  :

Arrivés à 9 heures du matin à la villa Kerabri, nous y avons été reçus par M. Pouliquen, notaire à Pont-l’Abbé, beau-frère de M. Quémeneur, et M. Quémeneur Louis, frère du disparu.
 Après leur avoir fait connaître le but et l’objet de notre visite, ces messieurs nous ont introduits dans le bureau de leur beau-frère et frère, sis au rez de chaussée de la villa Kerabri.
 Avant de procéder aux opérations qui déterminaient notre visite, nous avons remarqué, tant sur le bureau de M. Quémeneur que dans les casiers ou armoires diverses qui garnissaient le local, un désordre manifeste  : des papiers, documents divers, registres, agendas, étaient pêle-mêle répandus un peu partout.
 Avec l’assistance de M. Cunat, commissaire de police mobile à Rennes, M. Legall, inspecteur de police également à Rennes, et M. Leserre, inspecteur de la Sûreté générale, attaché au service des Recherches Judiciaires, nous avons procédé à l’examen minutieux du bureau de M. Quémeneur, des tiroirs de sa table de travail, des casiers adhérant au mur de la pièce servant de cabinet de travail, ainsi que du coffre fort s’y trouvant.
 Nous remarquons tout d’abord l’absence de toute comptabilité régulière [...]
 Nous ajoutons que notamment, ni dans le coffre fort, ni dans les tiroirs des meubles, nous ne trouvons aucune somme d’argent, ni espèces, ni billets, ni dollars.
 Le coffre fort contient des reconnaissances de dettes, pour des sommes importantes, souscrites au profit de Quemeneur par différents membres de sa famille et pour plusieurs centaines de mille francs.

 J’ai beau lire et relire ce document, je n’y trouve ni surprise en arrivant, ni armoires grandes ouvertes, ni tiroirs sortis, ni coffre-fort béant, ni casiers arrachés des murs, ni aucune des paroles citées par Denis Langlois et Denis Seznec. Il est même dit, au contraire, que les casiers adhèrent au mur.
 Le procureur, le juge et son greffier sont arrivés à Ker-Abri, il y ont trouvé la famille du disparu, ce qui était bien normal (la présence de Jenny Quéméner était même nécessaire pour la perquisition, il me semble) et ce n’est qu’ensuite qu’on les a conduits au bureau. Le juge n’attribue à aucun moment le désordre qu’il y trouve à une fouille préalable. Il indique que Pierre Quéméner ne tenait pas de comptabilité. Le plus probable, c’est que Pierre Quéméner était lui-même l’auteur de ce fatras de papiers.
 Voyons maintenant ce qu’il en est de cette «  réunion de famille  ». La Dépêche de Brest du 30 juin 1923, dans un article en première page daté de Paris le 29, nous rapporte  :

 On sait que le commissaire de la Sûreté générale Vidal enquête pour le compte du juge d’instruction de Brest, M. Binet.
 Dans la nuit, un inspecteur de ses services est parti pour Brest, porteur de pièces de procédure, et chargé, pourrait-on dire, de la liaison entre la rue des Saussaies et le parquet de Brest.
 Par le même train, M. Pouliquen, notaire à Pont-l’Abbé, et Mlle Quéméneur, ont quitté Paris pour rejoindre le Finistère. Ils se sont refusés encore une fois à faire la moindre déclaration sur le caractère de leurs «  dépositions  » devant le commissaire Vidal.

 En cinquième page de ce même journal, on apprend que le procureur, le juge et son greffier sont arrivés à Landerneau pour la perquisition par le train de 8 heures 52. On peut donc résumer les événements.

 Le 28 juin 1923, après leur confrontation houleuse avec Guillaume Seznec dans le bureau du commissaire Vidal à Paris, Jean Pouliquen et Jenny Quéméner quittent la gare Montparnasse à 20 heures 10 pour rentrer en Bretagne, dans le même train qu’un inspecteur de la Sûreté générale (très probablement Henri Lecerre, que l’on retrouve plus tard à Ker-Abri).
 Le lendemain matin, si le train est à l’heure, Jean Pouliquen et Jenny Quéméner descendent à Landerneau à 6 heures 17 et l’inspecteur arrive à Brest à 6 heures 38. Pendant l’absence de sa sœur, Louis Quéméner est certainement resté à Ker-Abri pour garder la villa. Enfin, à 8 heures 35, le juge et ses compagnons quittent Brest, descendent à la gare de Landerneau à 8 heures 52 et se présentent vers 9 heures à Ker-Abri pour effectuer la perquisition, bientôt rejoints par des policiers.
 La petite réunion de famille était donc parfaitement naturelle. Jean Pouliquen et Louis Quéméner n’auraient eu qu’un peu plus de deux heures pour créer le capharnaüm que certains ont décrit. La presse avait annoncé la perquisition la veille, mais Pouliquen était encore à Paris. De plus, informé de la visite du juge, pourquoi aurait-il pris le risque de se faire surprendre en train de fouiller les papiers de son beau-frère  ? Pourquoi aurait-il créé un désordre digne d’un cambriolage  ? Pourquoi n’aurait-il pas effectué cette fouille plus tôt, étant pratiquement établi à Ker-Abri depuis le 10 juin  ? Pourquoi n’aurait-il pas tout remis en ordre ensuite  ?
 Quant au coffre-fort, il n’est pas dit dans le procès-verbal qu’il était ouvert au moment de l’arrivée du juge. Je pense même que, si tel avait été le cas, le greffier d’instruction aurait noté ce détail suspect. Il est fort possible que Jenny Quéméner ait été la seule des personnes présentes en mesure d’ouvrir ce coffre, étant la seule habitante légitime des lieux. Enfin, l’absence d’argent dans ce coffre n’avait rien de surprenant. Pierre Quéméner était parti avec tous les billets dont il disposait, pour un total d’environ 17.000 francs, selon sa sœur. Pourquoi aurait-il eu besoin de faire des demandes de prêts à sa banque et à son beau-frère s’il avait possédé des liquidités importantes dans son coffre  ? Seule la présence de pièces d’or aurait pu s’expliquer, car Pierre Quéméner aurait pu juger utile de les conserver, comme placement très rentable à l’époque.
 Je crois donc que cette mise à sac du bureau de Pierre Quéméner par son frère et son beau-frère n’est qu’une légende. Il est, tout au moins, nécessaire de cesser de la considérer comme un fait établi.

Billet précédent  : L’entrepreneur électricien Caillet

13 commentaires:

Loic De Nantois a dit…


Bonsoir,

Vous faites bien de faire remarquer que cet indescriptible "foutoir" dans le bureau de Quéméneur serait une invention née au fur et à mesure du temps. Comme mon personnage Vallée est lui aussi une invention, cela ne porte que peu à conséquence sauf de renforcer la légende.

Pourtant je vous contredirai un tant soit peu : dans la littérature que j'ai consulté, il me semble que le premier à en parler serait le livre de Rieux et Nédelec , qui , situant par négligence, cette perquisition au 27 juin, fait intervenir Jenny qui aurait fouillé partout. De plus, le numéro de La Dépêche de Brest du 29 juin, lui, situe la perquisition au 28 et évoque aussi un "désordre" .

On finira par penser que Quéméneur en partant pour Rennes, n'avait pas mis de l'ordre sur son bureau ....ce que , je crois, est un peu le commun des mortels...

Loic De Nantois a dit…

Je trompe, je trompe.
Il s'agit du numéro du 30 juin. En fait, il est écrit "Landerneau le 29 juin. Hier, etc..." Faut bien reconnaître que cela porte à confusion.

Marc du Ryez a dit…

Bonsoir. J'avais noté la confusion due au "hier" dans ce journal, mais la date de la perquisition est celle du procès-verbal de transport sur les lieux, de toute façon, quoi qu'en disent les journaux.

Jenny Quéméner peut avoir fouillé partout, et c'était en fait parfaitement son droit et même son devoir. J'avais écrit "semble-t-il", d'ailleurs, pour laisser la porte ouverte à une contradiction venant d'une personne mieux informée. Cela dit, ce sont surtout Denis Langlois et Denis Seznec qui ont "officialisé" la responsabilité de Jean Pouliquen dans l'esprit de nombreuses personnes (le film a également beaucoup contribué à cette idée, je pense, alors qu'il n'est que pure fiction).

Je vois que le titre de mon billet a créé une certaine confusion. Ce titre n'est que le sujet. L'introduction et la conclusion rendent mon idée assez claire, je pense. Je ne conteste pas du tout le désordre trouvé par le juge dans ce bureau, puisque je cite le procès-verbal comme preuve de ce désordre, et j'en attribue la responsabilité probable à Pierre Quéméner. Comme vous le dites, rien de plus commun. Je conteste par contre la mise à sac de ce bureau telle qu'elle a été décrite par plusieurs auteurs, à partir d'une interprétation extravagante du procès-verbal. J'ai vu qu'on a essayé de me contrecarrer en postant des articles et des extraits qui, en fait, confirment tous ce que j'ai avancé. À l'opposé, votre contribution, monsieur de Nantois, est utile à nos lecteurs.

Enfin, je ne crois pas avoir prétendu une seule fois être historien. N'étant qu'un simple étudiant en Histoire, je sais très bien que je n'en suis qu'au début de mon apprentissage de ce métier, et avoir passé régulièrement avec succès ces dernières années des épreuves universitaires d'Histoire antique, médiévale, moderne et contemporaine, de méthodologie en Histoire et d'approfondissement historique sur des sujets plus spécialisés (je vous passe la sociologie et le reste) ne m'a permis que de mesurer tout ce qu'il me reste à apprendre, qui est immense. J'ai la même attitude avec l'affaire Seznec : je n'en suis qu'au tout début de mon travail, comme je l'ai déjà dit.

Marc du Ryez a dit…

Je viens de changer le titre de mon billet, pour clarifier. "Le désordre dans le bureau de Pierre Quéméner" est devenu "La mise à sac du bureau de Pierre Quéméner". C'est cette mise à sac qui est une fausse vérité.

J'ajoute que pointer les erreurs de ceux qui ont écrit sur cette affaire (dont deux historiens, seulement, qui sont, de très loin, les moins à blâmer) n'est pas une attaque contre leur travail, mais un devoir dû à la vérité, et j'encourage tout le monde à le faire. Il n'est pas question d'immodestie là-dedans. Un fait est un fait.

Marc du Ryez a dit…

Concernant les horaires des trains : ceux du 11 octobre 1922 ne concernent pas la perquisition. Ils avaient changé au 1er juin 1923. De plus, j'ai vérifié les heures d'arrivée et de départ à Landerneau. Seules les heures de départ sont indiquées dans "L'Ouest-Éclair".

ASD a dit…

Ce que je lis entre les lignes, c'est que Louis Quéméneur vient d'apprendre, s'il ne le savait déjà, que la propriété dont il est régisseur est mise en vente. Et s'il le savait, il avait probablement des recherches complémentaires à faire.
Pardonnez-nous, mais les lecteurs de base qui se demandent où sont passés les dollars de Marie-Jeanne, avant de dire qu'ils n'ont jamais existé, pensent au coffre-fort de Ker Abri.
Loic de Nantois pense que Seznec ne les a remis à Quéméneur que le 24 mai à Rennes.
Personnellement ayant lu l'expression "Seznec a vendu ses dollars ", je pense qu'il les a changés dans une officine spécialisée à Brest. Les dollars changés en billets sont devenus anonymes et le coffre-fort fort de Ker Abri, aussi vide que béant, donne à penser. À vrai dire tout cet argent a pu être déposé à l'agence de la BPC de Landerneau qui ne s'en est pas vantée. Denis Seznec évoque cette piste.
J'ose espérer que l'histoire contemporaine ne s'écrit pas uniquement à partir d'articles de journaux !!!
Maître Denis Langlois a eu le dossier d'instruction entre les mains, les confidences de la fille et des petits-enfants enfants du mis en cause.

guy a dit…

Bonjour,
Cela fait plusieurs semaines que Pouliquen et consorts sont inquiets et qu'ils fond feu de tout bois pour en savoir plus sur la disparition de leur parent, il n'est donc pas étonnant qu'ils se soient mis à la recherche d'indices dans le bureau depuis un moment.
La famille sent bien qu'il y a quelque chose de louche dans cette histoire de trafic, Quémeneur n'en serait pas à son coup d'essai, dixit Saleun en 26, il est possible que le négociant/élu flirte parfois avec la ligne jaune. L'absence de toute comptabilité régulière est surprenante même si son métier d'intermédiaire induit des transactions de la main à la main.
Aucune somme d'argent ne se trouvait dans le coffre. L'ami Pierre a-t-il fait les fonds de tiroirs avant son départ? Cela semble aussi être le cas de son "associé" puisque Seznec aurait mis sur la table les fameux dollars (pas 4000) de sa femme. Ces deux-là sont à un tournant et sont visiblement persuadés d'être sur un bon coup.

C.J a dit…

Et je me pose une question : À Houdan l'horaire du passage d'un train de marchandises le 25 mai au soir sert de repère à un des cheminots pour situer l'incident de la barrière. Tout comme l'a fait le changement d'heure d'hiver en heure d'été la nuit suivante, le changement d'horaire des trains le 1et juin n'a-t-il pas brouillé les pistes lors des investigations du 2 juillet à Houdan ?

Marc du Ryez a dit…

Un article entier a été consacré à contredire des propos que je n'ai jamais tenus, comme si on s'était contenté de lire le surtitre et l'ancienne version du titre de mon billet et n'avait rien compris à son contenu. Je vais donc clarifier à nouveau, bien que tout soit déjà très explicite dans mon billet, dont je n'ai pas changé un mot.

1) J'admets que le juge a trouvé un désordre incroyable dans le bureau de Pierre Quéméner. C'est prouvé par le procès-verbal (la presse, qui n'a pas assisté à la perquisition, n'a pu que se faire l'écho de ce procès-verbal et n'apporte rien de plus, à part une interview de Louis "François" Quéméner).

2) Je dis que les termes descriptifs utilisés par Denis Langlois ne sont pas appuyés par le procès-verbal et sont même en contradiction avec ce document concernant les casiers. Quant aux paroles citées par Denis Langlois et Denis Seznec, il s'agit d'un procédé romanesque, qui serait à peu près acceptable s'il y avait une source, mais il semble bien qu'il n'y en ait aucune et que les accusations contre Jean Pouliquen que ces dialogues contiennent soient très injustes, voire diffamantes.

3) Je n'exclus cependant pas qu'un examen (désordonné ou non) de ces papiers ait été réalisé par Jenny Quéméner, ou Louis Quéméner, ou Jean Pouliquen, ou deux d'entre eux, ou les trois. Seulement, il n'existe aucune preuve de cela, et certainement pas le procès-verbal de perquisition. En tout cas, ils n'ont jamais été surpris par le juge en train de le faire, et s'il les a soupçonnés de l'avoir fait, cela ne se retrouve pas dans le procès-verbal. Il était donc injuste d'introduire de telles accusations véhémentes dans des dialogues imaginaires. On a parfaitement le droit d'en faire l'hypothèse, par contre. Mais cela reste une fausse vérité, jusqu'à ce qu'une preuve vienne confirmer cette hypothèse.

PS sur le PS : Après m'avoir opposé les horaires périmés du 11 octobre 1922, on s'est repris en m'opposant cette fois-ci l'horaire (correct) de DÉPART de Landerneau, alors que j'ai bien précisé que j'avais des horaires plus complets que ceux publiés dans "Ouest-Éclair". Landerneau, arrivée 6h17, départ 6h19. En d'autres termes : "Landerneau, deux minutes d'arrêt !" Je n'allais pas écrire qu'ils étaient descendus à Landerneau à 6h19 si je savais que le train arrivait à 6h17. Et j'ai bien précisé : "si le train est à l'heure". Le train amenant Guillaume Seznec à Paris le 28 juin était un peu en retard, lui, si je me souviens bien, donc il faut tenir compte d'une fluctuation possible. D'ailleurs, cela s'applique également pour les passages des trains à Houdan et à Dreux, et j'ignore si les retards étaient consignés quelque part et si des vérifications ont été faites en ce sens par la police.

Marc du Ryez a dit…

Bonjour, madame Jourdan. Vous avancez des points intéressants, mais attention, le coffre béant, c'est une invention, ou en tout cas il ne trouve pas sa source dans le procès-verbal de perquisition, qui est la seule description fiable de la perquisition (la seule à utiliser en cas de demande de révision). Les journaux, dans ce cas, ne nous fournissent que les heures de déplacement des uns et des autres (L'"Ouest-Éclair" du 30 juin, cependant, fait descendre le juge Binet à Landerneau à 7 heures du matin, deux heures avant la perquisition, ce qui est une erreur manifeste, d'autant qu'il n'y a pas de train à cette heure-là, le seul avant 8h52 étant à 6h28). Et la fille et les petits-enfants (pas encore nés) de Guillaume Seznec n'étaient pas en mesure d'assister à la perquisition et d'en savoir plus que les journalistes qui attendaient devant Ker-Abri.

Marc du Ryez a dit…

Bonjour, Guy. Je suis entièrement d'accord avec chaque phrase de votre commentaire. J'ajoute que, si Seznec — qui avait une usine, des employés, des dizaines de créanciers et faisait des affaires de toutes sortes à la moindre occasion — n'avait pas de comptabilité, Quéméner en avait encore moins besoin. Ou plutôt, ils étaient tout aussi négligents l'un que l'autre, mais c'était moins grave dans le cas de Quéméner, qui prenait tout de même quelques notes, écrivait lui-même ses courriers, etc. C'est d'ailleurs Quéméner qui est en charge de tenir les comptes de l'affaire d'automobiles, parce que "Seznec ne veut pas faire d'écritures". Au royaume des aveugles...

Marc du Ryez a dit…

Enfin, madame Jourdan, pour votre commentaire de 9h31, en effet, le passage à l'heure d'été et le changement d'horaires des trains ont pu influer sur les témoignages. Un peu moins pour les trains, je pense, puisque les policiers ont apparemment vérifié les bons horaires, et ces changements étaient souvent minimes, contrairement au changement d'heure. Malheureusement, nous n'avons pas les horaires des trains de marchandises. J'ai quand même envie de faire confiance à Piau, Garnier et Nouvion pour les heures de passage, car c'était leur métier.

Marc du Ryez a dit…

N'ayant pas trouvé un seul argument valide à m'opposer jusqu'ici, on me reproche maintenant, dans une énième mise à jour, l'emploi du terme "mise à sac". Mais c'est justement le terme que je conteste. Denis Langlois fait dire au juge Binet : "Eh bien ! vous cherchez plutôt brutalement. C'est une vraie mise à sac ! Je suis obligé de le noter sur le procès-verbal." On ne retrouve cependant pas ce terme dans le procès-verbal. Il n'y est question que d'un "désordre manifeste".

J'ai écrit : "J'ai beau lire et relire ce document, je n'y trouve ni surprise en arrivant, ni armoires grandes ouvertes, ni tiroirs sortis, ni coffre-fort béant, ni casiers arrachés des murs, ni aucune des paroles citées par Denis Langlois et Denis Seznec." C'est un fait. Ce n'est pas mon opinion.